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jeudi 23 février 2017

Escapisme par l'écho



Now shall I make my soul,
Compelling it to study
In a learned school
Till the wreck of body,
Slow decay of blood,
Testy delirium
Or dull decrepitude,
Or what worse evil come—
The death of friends, or death
Of every brilliant eye
That made a catch in the breath—
Seem but the clouds of the sky
When the horizon fades,
Or a bird’s sleepy cry
Among the deepening shades.
The Tower, 1923 - Collected Poems of W. B. Yeats (Macmillan, 1933)
Ici forcerai-je mon âme
La pousserai-je à l'étude
Dans un ermitage de belle fâme
Jusqu'à ce que corps se cave de servitude
Se décompose le sang
Âcreté de l'humeur
Maussaderie du sénescent,
Ou quelque chose au pis dont j'aurai la primeur --
Le décès des amis, ou la mort
De chacun de ceux aux yeux d'Ariel
Qui ravissaient le souffle à leur débord --
Paraissent formes de nuages dans le ciel
Lorsque le mirage s'efface
Ou cri torpide de l'oiseau sensoriel
Parmi les ombres dépenaillant les angles de leur surfaces.

Thoor d'errance
Les sales petits saumons de nos secrets prendront-ils l'ascenseur une
fois le nez devant la vanne infranchissable de la centrale au milieu
de la montagne ?
C'est ce que je me demandais alors que nous revenions d'une
marche sur les crêtes par-delà les cieux de Bramans, les débris
cendreux du Mont-Froid, et nous apprêtions à prendre l'escalier de
la maison, notre considérable abri déjà presque disparu derrière les
granites de la nuit.
Lourdes herbes à brins Torx des neiges de la nuit.
À nos pas découronnés de leur massive barde de cuir des Vosges
semblait se déposer une épaisse pâte de chrome qui rendait
translucide l'écume de bois de chacun des degrés de la vis
tecticienne.
Quelqu'un reconnut tout de suite le piège d'un jeu d'évasion nous
accueillir, nous saisir, puis essayer de nous fileter sur place dans
notre élévation nocturne.
Le genre de farce que l'on croit diurne, quelque chose qui renforce
la saveur de notre tristesse, dit un autre.
L'aigrette à bracelets, un brome de ménispermacées, poussait à nos manchettes, on entendit à gauche
du palier une voix de jeune homme demander à John Donne de
remiser plus de jetons hors du gobelet sur le tapis, timbre non spectral, qui la rendait bizarre.
Inventé par l'un de notre cercle à Kyotô, le coup des bracelets était chronique dans les jeux d'escape, à quoi
bon jouer les ravis, nous lança l'Homme de Northumbrie du deuxième
étage.
Nous rappela les règles de l'état second qu'il tenait du J. Alfred d'Eliot qui lui-même les tenait de l'Ulysse de
Joyce.
Tout se tenait.
Marque Thrène !, sonore comme un gong retentit dans la spirale des
tissus du vortex central, à l'âme voilée, au ventre vide.
On nous cornait de jauger la profondeur des larmes qui devraient
gicler bientôt depuis le boisseau du réservoir flottant derrière nos yeux. 
~ The podium is the landscape.
Dans les lâchers d'eau
D'un vétuste barrage sur le Colorado,
Broyeurs de chablis sous les pontons.
Comme à Serre-Ponçon
Brusquement voyage la rétention des anneaux
De la mémoire de la Durance,
Un bruit rond de paquets d'onde, une vibrance,
Lenteur d'ailes, grosses gouttes de guêpes,
Surprend au lit décharné l'institutrice et ses enfants,
Qu'elle emporte avec elle,
Cris d'eiders étouffés, voix perdue dans l'obscur duvet de sons sans
voyelles.
Moisson soluble, petits cailloux, grand roulis de braise minérale
~ soufflant sur ses faons. 
Dans une chambre anéchoïque du troisième certains crurent
discerner la voix de Robinson Jeffers proférer qu'une ligne sur deux
de son Shine Perishing Republic commentait en vérité un verset
de l'héroïde de Jésus telle que l'apôtre Matthieu la rapporta.
Un imbécile d'entre-nous, bien que le pygargue roux qui grimpait
de concert sur la rambarde à la manière d'un agile oiseau de la
forêt humide l'en eût dissuadé dès commencement de l'ascension,
avait enfilé un masque de Réalité Virtuelle, insistait pour passer
devant et trouver la voie de la chambre chromatique, multipliant les
pensées hautes, devisant, calculant les hypothèses du théorème de
Bell, les principes d'incertitude qui concerneraient les équilibres de
Nash.
Sans s'apercevoir qu'à son poignet gauche brûlait le bracelet
presque noir, ou blanc, que celui-ci repassait instantanément au
rouge et saignait tel un fumi-e.
Sa tête grésilla puis chevrota, son visage s'éliminait au fur et à
mesure de la tombée de ses traits en une succession de lamelles si fines qu'elles
miroitaient de façon extrêmement précise celles qui les suivaient dans
l'affinement vertical, s'affalaient, avant de s'orienter à cent degrés sur
l'épaule.
Sovegna vos a temps de ma dolor, furent les mots qui découpèrent
au laser l'ultime dessin de ses lèvres de vivant.
Il ressemblait maintenant à un lac de mots russes, avec en son
centre cet étrange dépôt îlien de pluralia tantum dont un dernier
recouvrait le sommet de son élégante tranche de glace.
ворота était l'accrétion de ce mot pluriel.
La porte de la pièce d'étude d'un château-haut.
Possédions-nous la bonne clé du seuil miséricordieux qui nous ôterait de ce Nihilistère ?
Dans les aboulies de lumière de notre Thoor Ballylee, Morden
Tower, Thor House, Hawk Column, savais-je seulement sont nom,
les mèches devenaient charbonneuses longtemps avant de se
consumer loyalement comme font bougies à clergé.
Le bois n'avait aucune aspérité, tout était lisse et tout se lissait
encore.
Notre Kéter demeurait tour jumelle d'une faible sténoplanète.
Sous les cendres du palpitant ne se détectait plus aucune des battues
accélérées de la peur.
La couleur des bracelets ne cessait de pétiller des quatre feux,
montrait qu'elle nous faisait repasser de Sod en Peshat en shuntant
Derash et Remez selon le bon vouloir de sa scintillation, en l'espace d'une seconde,
roués sur la croix d'une eau libre, toujours plus mince, plus fine,
s'échappant comme la pie voleuse de la clepsydre cristalline pour ne laisser aucun chaton de
bague à des cerveaux qui recensaient les échafaudages inutiles,
improbables armoiries de charpentages, futiles raisonnements
d'une pensée qui roulait sur-elle-même sans saisir que le temps
était venu de se tuer ou d'au moins tenter de fermer sa gueule.
There will be time to murder and create
L'une de nos femmes vit du vert jaillir de ses yeux, comme un gel de
farfadet au-dessus des cumulonimbus coincés dans le rai de la
tropopause, poussa un cri puis se mit dans les chaînes de chanter à
tue-tête, elle chanta les formidables boucles modules de ses bourdons, les psalmodia.
Maître Akiva la soutint, choreute amoureuse, on la vit embrasser les poèmes
de Kipling, just a kiss away, que tout le monde pillait depuis Hart
Crane jusqu'à Tom Pickard, manquer faire une fin, tomber
enceinte.
It's just a shot away cria-t-elle avant d'accoucher d'une
merveilleuse princesse déjà formée, tendre adulte, aux tétins
légers.
Ce fut comme un échange d'infini, la lecture du poème de W.B.
Yeats par lui-même devint un peu moins oraculaire, le Basileus
délaissait un peu du poil de la bête gorille et retournait à ses sables et
écumes nubiles.
La boule de myorelaxant fatal qui affrétait sa charge de curare aux muscles
de nos bras chuta sur le sol, fit poussière et s'évapora.
Une étincelle d'obscurité impénétrable nous dévoila le passager
clandestin qui nous suivait depuis le début, une ombre qui préféra
s'enfermer dans la Control-Room maquillée, comme une ambulance vêlée, en un Lazarett qu'elle nous
réservait.
Ô Do Not Go Angry and Mean In That Grim Spark, In That Dim Light
Gimme Shimmer Zero in Lanslebourg Tower. (Tapé le 16 février 2017 à Lanslebourg.)

lundi 16 janvier 2017

Jaune démiurgie





L'appentis à l'œil

Dernière vue organique restée collée au fond du cristallin de l'écrivain Bergotte lors de la visite des tableaux d'une exposition hollandaise aux Tuileries, telle que la découpèrent au bistouri les ophtalmologistes urgentistes appelés sur place, Jean-Louis Vaudoyer et Marcel Proust, docteurs des éditions légales de la Faculté de Paris, par les services des archives de physiologie de la Ville.

Le destin voulut que les examens, descriptions et hypostases post-visum pratiqués sur le cadavre oculaire, encore enveloûté par le drap rouge de son canapé ciliaire, nourrirent plus tard leurs recherches personnelles en bibliopsie.

Les deux médecins spécialistes découvrirent la pathologie de la cataracte dite de la pomme de terre de l'humeur aqueuse (qui continue de faire tant de ravages, facteurs de famine, chez les regardeurs et commentateurs d'aujourd'hui), et firent en sorte que les lamelles de la cornée de Bergotte survécurent, à moins qu'en rampant elles ne simplement d'elles-mêmes parvinssent, jusqu'à nous.


Jaune démiurgie

mardi 23 août 2016

Les Sorgues des Salines


To Ємачка 
Outre les lits de plumes, il y avait un édredon. J'étais dans les plumes de tous côtés.
Gérard de Nerval, Les Nuits d'octobre - XXIV - En Prison
Elle venait du grand oblast au nord-ouest de la Russie.
Sa famille originaire de Novossibirsk, jusqu'aux confins d'Irkoutsk, se trouva diluée lorsqu'elle connut le grand partage des eaux qui la renversa, pot de lait dans un suraccident au carrefour de la gigantesque entreprise de pompage -- commis par les нѣмъ, les muets du Pays pagan slavon, ceux qui n'entrevirent jamais d'Ouessant, ni ne perçurent traces d'occident --, sur les tressauts de la ligne de crête tremblante d'une Histoire que des mains, trempées dans la substance molle du locus niger d'un noyau slave, propagèrent comme une balle de coton de la Mer d'Aral fusée par la gueule d'un lance-roquette. Sortie du derme de cette visqueuse trituration digitale et rubescente, la pâte restait humaine, l'Homme Nouveau se devait de prendre ses quartiers de viande aux étals de la congrégation de l'Abbaye de Golem, certains décidèrent plutôt de partir pour la ville de pierres, d'autres choisirent de s'enfuir, à la sueur lapidaire de leur front rougi, par le port d'Odessa pour Le Caire, Marseille ou le petit Londres hospitalier de la très humble Valette.
Sankt-Peterbourg, Leningrad, Petrograd, Piter,
puis le Havre, Rouen, Paris, fut le chemin d'Emma.
Emma, Emma... Cela ne rappelle-t-il pas le nom d'un personnage de Schnitzler ?
Le Havre n'est-il pas l'autre lieu de l'une de ses Novelle ? Gérard ne la visita-t-il pas en '47 ? Un fiacre, une course en ville, un pont, les pavés rendus glissants, le mauvais tempo, vent contre, autre accident, les morts, mêmes lorsqu'ils reconnaissent leurs torts, sont d'incommensurables bavards.
Le rideau se balance dans la nuit déjà chaude de cette imperceptible saison qu'est le printemps au Japon.
Le comput des ombres maigres de l'été tient à la rendre vite vagabonde et l'envoie paître dans l'entresol des calendes grecques décaper, de ses sèves révolutionnaires, le salpêtre des almanachs solaires d'une Sainte-Palégie, rue de la Clef des Champs, où croupissent les avenirs dettiers, voleurs de cycles temporels, arracheurs de pétales aux jours qui passent.
L'étoffe se meut comme un serpent cherchant à étancher sa soif de chaleur corporelle aux creux des plis des membres ou à même la peau du ventre des belles endormies comme il l'avait observé dans un village de la campagne de Battambang.
Souvent ces voilages l'agaçaient, à l'imitation des roues arrières de motos (ou de vélos) inertes, dépourvues de béquilles d'atelier et promptes à s'affaler dans l'absence de vent, de l'idiotie des cintres nus, et de la vilenie du tube souple des vieux aspirateurs à filtres qui s'étranglait pour un rien.
Un fiacre, la pluie tombait, cela devait être l'hiver, à la fin des heures de Debureau le mari ralliait-il son foyer ? les minutes se détachaient des secondes qui elles-mêmes mimaient se rouler dans la poussière des niveaux hyperfins d'un atome de césium, le pauvre amant mort devait commencer à se sentir mal à l'aise dans la peau de la poupée de Kokoschka, à l'écart du moindre départ de feu d'un spongieux anachronisme, hâve et boutonneux comme une allumette mouillée qu'on tenta jadis de craquer, un peu morveux dans son autosimilaire Kutsche.
Les Arts plastiques, son espace psychique, mais aussi la littérature, comme il se souvient.
Elle n'est pas cette Zweigerische Sängerin qu'il aurait une nouvelle fois pu rencontrer sur l'insipide chemin de l'amour recommencé.
C'est elle qui lui fait pénétrer le Jung Wien de Arthur Schnitzler, lui montre la voie du vaste domaine du covenant austro-hongrois propice à un Großstadtroman lequel finissait par devenir étouffant s'il fallait en croire l'enerviert Zweig.
Homme délicieux qu'il rencontrait au Parc, Schnitzler vit en lui quelqu'un qui s'enthousiasmait comme la mousse pousse au col des Bockbiere servis à la pression sur le zinc du Café Griensteidl, un bon écrivain qui sait pertinemment ne pas reconnaître au plus profond de lui-même la véritable teneur de ses pensées, ni bien voir la couleur de ses intentions, confie-t-il à son journal de janvier 1916.
Il ne pouvait s'empêcher de penser un instant à D.H. Lawrence et son légionnaire siciliano-maltais, corps de vautour gras à bouille de moineau, miroir trop fatalement contraire, Maurice Magnus.
Les mêmes sortes d'interférences, comparables fritures sur la ligne de flottaison des sentiments qui sautèrent, comme les tics au visage, en marche du monastère dérivant vers son équateur terminus.
Un chemin de rue de la Vieille-Lanterne.
Froid intense, minus 18°, voilà des lustres que la banquise corruptrice baignait les dents et les os du Brésil.
Magnifique Ausgleich des BRICS, si beau qu'on pourrait refaire débâcle d'un Komintern.
Comme aujourd'hui, Schnitzler voyait s'estomper le passé, hautes traditions, Zweig et lui, tous les autres à Vienne, ne pourraient bientôt plus compter que sur leurs ressources, et ne plus rien attendre de l'héritage parti lui-même en exil.
Et en permanence ce vieux modernisme qui offrait sur un plateau toutes les conditions requises d'un désorient.
Emma est toujours à la recherche d'un Weg ins Freie et l'y attire.
Il ne s'en remettait pas. Pas de rémittence, (le brûlant tube de l'orgue de glace donnera le la jusqu'au dénouement), passent les heurts qui gardent la vitesse, s'épanchent les nuages du savoir blanc, restent jumeaux l'iceberg et le navire.
Il adore pourtant les rideaux épais masquant les grandes baies vitrées dans les chambres de l'hôtel donnant sur la Kamo.
Décorations habituelles.
Masken und Wunder, on ne sait pour quelle raison, un vélin de coton blême subsiste ici.
Il a rêvé (non pas encore) d'Emma la nuit précédente, elle tourne la tête et lance un regard bleu-noir, il ne la reverra sans doute jamais plus.
Elle se tient sur la plage de la piscine et parle avec deux ou trois personnes, elle porte une simple écharpe ou un gilet qui ne cache rien de sa nudité, des jambes étrangères, l'enveloppe d'un teint qui n'est pas la sienne, horreur, il reconnait le corps d'une ex-amie de ses années jeune adulte, une nageuse blonde massive mais bien ciselée fait d'un bois érotique des plus précieux mais moins subtil, implacable brouillage, ce voilement indirect prouve qu'il ne touchera, ne caressera plus son corps, sa silhouette veut déjà s'évanouir, semble lui montrer, par un jet acide exactement orienté, qu'il n'a plus qu'à regagner la terre ferme, humus attachés à la rive d'un continent qui ressemble à la souffrance.
Tôt le lendemain il se sent fort. Son amour pour elle de plus belle pressant. Les voies des structures de la phusis mentale sont impénétrables. Amorce reste à la voix du logos, dont les électrons vibrent au centre de la loi non décrite de ses cerneaux. Pour les Francophones, comme dans les hôtels Barrière ou Accor de Normandie, ne monte que le Figaro. Papier fibre à réverbérer tactile nos tablettes d'argile grecques rendues aveugles par un écrasant soleil numérique. Nonesuch whitey. Le grand blanc du journal de l'à-côté de la vie dans les hôtels. Les esprits fantomaux ne s'usent que si l'on s'en va les serrer dans nos bras sincères.
Glasnost en transduction, le rêve de la nuit fait encore éprouver son courant, la densité des choses vécues est étrangement présente, il a l'impression d'avoir dû crawler pendant des heures dans un sommeil révélateur et que le pouvoir d'une glisse paradoxale, épaisse, grave, s'obstine à le porter sur la crête de la vague d'une veille inaltérable, vierge.
Comme au milieu de la belle description, du beau commentaire, que fit Pierre Boutang de l'expérience d'ensommeillement laissée par Montaigne dans les Essais.
La natation, dans la courbe de respiration qu'elle demande, est port de tête naturel pour le philosophe penché sur sa table d'écriture.
Le rideau blanc bat doucement entre les fanaux de la climatisation.
Qui sommes-nous, où allons-nous, lorsque nous semblons quitter notre corps (sans forcément plus d'histoires de décorporation animiste que cela) ?
L'auteur de L'Ontologie du Secret avait de très fortes pages sur le sujet vers 1973.
Le grand Vauclusien n'était pas l'expert en collationnements pour les granules que l'on retrouve infestant aujourd'hui la profession, péripatéticiens des alchimies usurpées, charmés d'exposer, avec au galbe de leur gambe le bas de côté garant des pas de contention, leurs petites boutures d'assimilations diverses et autres marcotteries.
Souci de la cluse, Belle Sorge pour l'allure de la vogue, clôture passée outre, résurgence du souffle des réminiscences, aller quérir la source des larmes de Virgile dans les canaux de survivance du sel lacrymal de Freud, et peut-être les trouver-là, les écluser.
Le rideau témoignait-il toujours du tunnel qui marche à nos côtés, ni devant, ni derrière, une compagnie de tous les jours, Gérard parlait lui d'un corridor... Masques des Perses d'Eschyle sur le guéridon, la voile du Moulin Au Beurre se reflète sur la viennoiserie comme un spectre d'amidon.
Nerval, cinquante ou quatre-vingts ans distant de Schnitzler, vit la langue du grand siècle disparaître dans le parler moderne du Paris de la vérité de 1830, comme les grands viennois, il repéra les efforts des différentes écoles de réalismes pour s'en moquer dans ses souvenirs et ses Nuits. Sa loutre creilloise empaillée replonge dans l'Oise vive. Un vol d'engoulevents fait le gros temps dans les tempêtes d'épiphanies du roman-feuilleton de Fridolin et d'Albertine. Rien su de Marathon, Tu n'as rien vu du cauchemar de Salamine.
Emma lui dit un soir d'octobre qu'il ne pourrait jamais savoir vraiment s'il plaisantait avec ses poèmes romantiques dans le goût allemand, tout comme Poe d'ailleurs je te ferais remarquer, Ligeia, Rowena, Redegonda, même tromba, et que certaines de ses héroïnes, comme Célénie et la fille du pâtissier de Chantilly, qui portait des gâteaux aux comte d'Ory et dut subir un sort approchant celui de l'Else de la fameuse nouvelle de l'écrivain-médecin autrichien, peuvent s'attribuer par anticipation un air de parenté avec quelques unes des figures féminines, sublimes Sylvie d'Ermenonville en Donau-Auen, à lui le magnifique écrivain de la couronne familières. Tiens tu savais que Les pères de Gérard et de Arthur étaient tous les deux chirurgiens ? Da, da...dearest. Massacre de Haïti, Tomàs de Torquemada, secrète Queimada brûlée, essorage des ciels de la Baltique à Tallinn, mes yeux crevés dans les Sorgues de tes salines. (Tapé le 27 juillet 2016 sur Vimeo.)
Les fantômes disparurent en jetant des cris plaintifs.
Gérard de Nerval, Les Nuits d'octobre - XXV - Autre Rêve

mercredi 3 février 2016

Le Dolce vital

460_ Ultima Pasta
Jusqu'à la cénose de tous les gâteaux tuilés


To Ariane
Il y a une loi de beauté qu'il importe de ne pas oublier !
J'avoue ne pas comprendre pourquoi il vaut mieux plaire à de vieilles wagnériennes cosmopolites qu'à des jeunes femmes parfumées et même ne jouant pas très bien du piano.
Cl. Debussy - Monsieur Croche, 1901
(Sentaro, le héros du film, doit démêler dans son esprit ces deux citations. C'est là que gît la loi de sa recette reçue comme un cadeau.)

An, deux lettres, l'as usnée déborde la carte d'un seul son.
Au commencement était vigna angularis.
La liane anguleuse mitige la règle du travail de la sève clarisse
à ses canaux et donne des graines profondément rousses comme le feu sectionne les lignes plombeuses des joues du pinson.
Dans sa cage, plume de Christ aux liens émollients, capture qu'un siffleur, payé par les chasseurs, apprend à chanter moins fort sous le matraquage
des pétales de cerisiers roses, conquérants de l'air morbide et délicat
comme disent les italiens,
brames volants ou raires muets, de ceux qui font revenir les Yùrei,
et qui mettent le cri des dieux si près de boucher les oreilles
qu'il pourrait les toucher.
Car les chapeaux hygiéniques de Sentarô et de Tokue ressemblent comme deux gouttes de Dark Water aux capuchons triangulaires que portaient, dans un passé sans égards évacué,
les fantômes d'un lointain Japon. 
Les critiques se tombent dans les bras et conviennent que la Kawase quitte les rives de son ésotérisme de confort -- fleuve immobile dans le lit d'une espèce d'entre-deux-quietements, enrobant de ses facettes les pilots, à cheval sur les possibilités de ses gués qui aimantent les roulis secs des galets, comme dans une chambre de tranquilisation des gaz grêlée de chicanes, d'îlots, et les sauts de chaîne du coulis de ses eaux emportées par le mors écumant de la saison des pluies --, opte pour le régime de la rivière Takase,
fluide au goût minéral inimitable, doté d'un potentiel hydrique si faible qu'il déleste les portefeuilles des vacuoles de leurs soucis d'enflements subits, flux de spirées dont le courant déstresse les cinéastes, en filtrant leurs suées, les moins blasés.
D'après eux, Kore-eda l'écorche à ses eiga puis flaconne le sang recueilli des images dans des bouteilles, d'un fin verre très légèrement translucide, rincées à la bouche résurgente de l'une des sources de l'humanisme artésien du pays.
Kurosawa, Miike et Nakata plongeaient racines les premières dans les tréfonds de l'âme japonaise, perforant tous les cercles aubiers, les angles duramens et les sangles tanins de l'écorce humaine.
Kawase voudrait peut-être fondre les caillots du kairos manqué par les précédents auteurs, sculpter ses personnages à même "le bois de coeur" de leurs anciennes explorations, garder l'idée de la translucidité, en tourner la stature vers l'extérieur, que chaque philosophe de quartier appelle aujourd'hui réel, laisser les contours physiques de l'esprit humain superposer leur dessin sur tous les champs visuels de la géographie, littoral, forêt, villes, rue, immeubles, se départir des vieilles hiéroscopies maculant les murs toujours ombrés des calcins de vieux schémas. 
שמע Nihon.
Écoute éternel, ton lieu,
d'Amaterasu l'Hellespont. 
Les Japonais eurent tellement peur d'un holocauste nucléaire en mars 2011 qu'ils étaient tous prêts à mourir, puisqu'il le fallait. Mieux valait-il se construire des zones spéciales pour lutter contre les anciennes sanies tubéreuses, vieux maux vilainement vireux comme les bubons noirs de la mémoire d'une pluie ?
Partir en fumée (j'en connais encore aujourd'hui qui parlent comme ça entre les lignes d'une conversation que l'on dirait articulée pour soi) plutôt que revivre en Hibakusha, proie des asiles et des sanatoriums.
C'est ce type de conundrum que cherche à éviter à tout prix la Babouchka Tokue. 
Le latin de cuisine, le chinois d'arrière-salle de restaurant, elle en connaît bien les levures chimiques qui font gonfler les cheveux noirs de Sadako et sa nuée de demi-golems biscuités qui s'aplatissent comme des phasmes ou des navettes de Marseille entre les pages de romans blancs gercés par les mouvements brusques de fantômes de gâteaux à l'écorce de beurre schisteuse, aux tissus subers de leurres d'orangers, pâtissés pour la bonne cause, moules parfaits à glucose perdu, pièces cuites à la cire fondue de pétales de soja pendant l'orage, trempées à l'envers dans un puits dormant de métal de menthe.
Pourtant le caractère Anh de Chine est le rouleau de l'équanime, c'est très simple pour lui de prendre un peu de pente,
de glisser des mains de l'Obâsan,
et de tomber dans les limons rouges de la mer azuki beurreuse comme un palud animé.
La recette chante l'épongement de la dette du lendemain.
Le sucre s'agglutine à ses paluches comme un nouveau-né, à un moment donné on la voit saisir le doux mortier par ce qui ressemble à une tête transparente, vagissant à point nommé dans le drap de ses mains de sainte Anne qui chassèrent en amont les dépôts amarantes, à grand peine épiphanes dans un grumeleux qui n'a rien de sarrazin, et leur vaine offre poisseuse loin des sources d'Auray, à l'écart de leurs ondes de satin. 
Ane, Ani, frangin, soeurette, vous voyez comme les mauvais poètes peuvent encore s'adosser à l'étymologie pour parer le manque de levain.
Sentarô, dont on ne sait quel habit de Zatoichi ou ou quel costume de Yakuza il aura déposé derrière le paravent du vestiaire, supporte avec le sourire l'indiscipline aérienne des amies de la collégienne, elle pourrait être sa petite soeur, deviendrait son auxiliaire. Au fond des mines de fructose et maltose, son canari ne baye jamais dans les coups du sort commun.
Wakana n'est pas la pipelette que le spectateur soupçonne, elle ne vend pas le tour de main de la grand-mère, ne joue pas au jeu du foulard avec ses doigts, d'une manique ou d'un linge de Véronique n'étouffe pas sa gestuelle, mais voilà, il y a de la Buraku dans l'air, et le tocsin sonne comme la note que le masque à pollen d'un immense cerisier shintô se désignerait d'encoffrer au risque d'avoir à rebaudir un nuage ameuté, avant de le chloroformer.
Le départ d'une habitude que je pris d'aller lire A tale of a Tub dans un café à l'enseigne du Tonneau au centre d'Amiens, des lycéennes de l'établissement catholique voisin venues y bachoter à leur aise prenaient un café qu'elles ne renouvelaient pas souvent, salaire de quatre ou cinq heures d'un mercredi après-midi pour le patron qui tenait à elles et gardait son habituel sourire connivent, me donna l'envie de me saouler d'huile de foie de Léviathan à la table de cet improvisé Rota Club, et s'arrêta net.
Les gens aiment prendre le pétri pour le tour, rançon d'une mentale succion dans le creuset d'une fabuleuse manuelle aspiration.
Session normalement magique pour un dessert, le dorayaki ressemble à la colline que forme le Mont Wakakusa, Naomi Kawase métonymise les mousses de son naturalisme de Nara et laisse tendre sa caméra vers la beauté de situation,
comme on disait jadis.
Après tout, l'apparente vétusté des moyens est style philosophique et esthétique en soi dans son pays.
Elle met de côté certaines revendications que l'on connut fidèles amies des rebelles de la Shochiku, que la Toho
faiblisse à produire des personnes comme elle et l'Europe prend le relais, même si l'on ne reverra jamais Anatole Dauman insuffler de l'air dans les roseaux de Tôru Takemitsu. 
Kichizo enfournait bien un oeuf dur par-delà les bords indignés des lèvres baveuses de Sada, ce que ovum peut, ferctum doit.
Mactus Hoc Fercto,
il paraît dur de fabriquer un film indépendant sans se blinder,
même si Kristen Stewart aujourd'hui s'y résout,
prévoir un bonnet pour les neiges de Sundance, et c'est à peu près tout.
Pourquoi vouloir toujours toutes choses
scinder,
entre ceux qui touchent exclusivement à la génoise de la Maison Fukusaya (avec son emblème à la chauve-souris)
et ceux qui ne jurent que par les food-trucks à mooncakes et les kiosques à gâteaux ? 
Je me souviens de dizaines de repas sautés le soir après un bain rue de Pontoise, passé par la Place Maubert je razziai des mizu au soja, à la crème de banane, quelques samoussas pour faire bon poids et ne pas perdre la face à la caisse tenue par un fils de la Binh family ou quelquefois la mère soi-même aux beaux yeux armés des étincelles d'un fer de pertuisane, une épicerie aujourd'hui remplacée par un restaurant qui affiche une ardoise.
C'était un vrai lieu parisien, dont le presque sous-sol nous engouffrait vivants par l'entremise d'un vol de marches pénétrantes, des cagettes de fruits exotiques s'empilaient sur la rampe, une vision des Halles rebondissante, avec plus bas, juste à droite encore dans la rue Sauton mais déjà sur le tapis de seuil de la rue abritant l'esprit toujours frappeur de Bachelard, le Dodin-Bouffant, antre du radicalisme bec fin, à la devanture de voile choquée, aux auvents verts comme des spis affalés dans la hâte, roulés dans des sacs, par de secrets matelots aux nus bachis, sans autre forme de pompons.
Je n'y voyais jamais d'activité le midi mais entendais des bruits de succion et d'avalements, sans doute ceux des scribes invisibles, sectateurs des soirs d'un célèbre prêtre-mage dont le palais camouflé se situait plus haut dans les entrailles d'une Bièvre insurgée, conseillers des combles qui, pour se reposer de leurs visites et improvisades entre deux lits, réunissaient, l'appétit dans les talons après tant d'échanges lumineux avec un hôte dont les yeux éclairaient les artères jusqu'aux plages d'Auvergne, leur conclave de dévorateurs de coquilles saint-Jacques et d'huîtres plates gravettes ou belon.
Dodin lui aussi, d'après Marcel Rouff, trouva recette à son fief, inspirée par la grande cuisinière Eugénie Chatagne née dans une aulnaie au milieu des rabasses noires comme les écorces glutineuses des vergnes, qui lui permit de faire triompher sa république du goût.
Il rajoutait un verre de Chambolle pour lier les jus du pot-au-feu. De l'or rosé, comme les sables azuki haricotés du limon rouge coulant des mains de madame Tokue.

jeudi 26 novembre 2015

La Pesée des Âmes Désarmées À Leur Entrée dans La Tombe

442_ Les Larmes de Kôm Ombo
Sobek et Bastet ont-ils changé de camp ?
Quel est ce chaos
Qui les conduit de Naos
En Débir
Dans le fourgon maudit d'un décan
Et une succession d'ides au cuisant nadir ?

Sur les terres hermes s'avancent en nombres omineux
Les herbes amères des steppes dépourvues d'horizons
Que Goliath lacère depuis ses combles épineux
D'un ongle lent sur la pierre du contrepoison 
Adieux aux ombres, faire-part de leurs armoiries
Et succulence de leur moelle que l'on dévide
Comme les rajahs lions dévorent à Thoiry
Les sangs noirs en savane de la lumière livide
 

______________

J'en étais là vers une heure trente du mat', ce vendredi treize qui n'en était ici déjà plus un, tout semblait finir comme ça par la fenêtre de ma chambre, je sentais mon esprit prêt à traverser le poil de la nuit féline et partir caresser s'endormir les Nekomusume marchant nues pattes sur le petit Nil et les mini gawas, par les rues à mille canaux de la ville, voir les vibrisses s'affaisser lentement à l'orée de leur visage comme les pins aquitains dans les tempêtes de sommeil ou les rêves de jouissance, écrasées des lourdes références climaciques que l'on trouve toujours au rendez-vous dans les serres chaudes et les terreaux frais du carbone 1914 de l'existence humaine. Je pensais aux impotents des romans de Kawabata qui payaient cher des maquerelles pour passer à tabac plus qu'au tamis leur désir de jouvence auprès de jeunes filles plongées nues dans la sédation d'une cérémonie nocturne dont les jeux d'ombres aux feux des offices et des éclats de chair d'une lampe à faible puissance rendaient supportables les insondables vérités portées par le point du jour et son puits de lumière que lancerait le matin à la poursuite, le soleil hors d'haleine ayant force de perçage du capricorne des chênes, des vieux cristallins possesseurs de la science des plaisirs pris dans les lichens des voies opaques qui faisaient s'écarter les murs aux chimères et s'allonger sous les draps les demi-somniales séduites. Il était peut-être encore trop tôt pour Skyper son prochain, gens d'Europe qui me croyaient passager clandestin du réseau Morphée, enfoncé à l'orient des lombrics dans les entrailles des égouts parisiens, dernier refuge du grand jeu de rôle de la résistance en chambres et corridors où s'exerçaient les reflets lumineux des gymnastes du commentaire dans les théâtres de geste lubriques, moi le Mordor du mal duquel il ne viendrait à l'idée de personne d'égayer les feuillets de l'Hypnos jaloux, volontiers constrictor dans le décalage des anneaux du Mean Time, fuseaux dilatés debout. Serions-nous toujours l'Apopis de quelqu'un, inconnu celui-là, déjà serpent géant lascif à la gorge de notre propre parlement directeur d'une infatigable recherche de conversation, desquamée même, mue de paroles limonées vivantes dans le bouillant océan des diseurs, que nous nous souviendrions longtemps les avoir un jour tenues et échangées, noctuelles gamma des échos d'une audition fantôme, acouphènes joyaux d'une langue en fuite. Je pouvais entendre vibrer en moi l'image de cette belle endormie imprimée vivante dans la venelle de Nishiki, à l'oracle de midi, n'étant peut-être pas assez fatigué pour la soumettre à l'impérieuse envie de celui qui se masturbe tard le soir dans le noir paradis de sa cellule, je la laissais en majesté au centre d'une mémoire de chat-pêcheur muet de saisissement regagner sa couche de belle à miracle, fille naturelle de cette grange aux trésors dépeceurs du fugu des venins obscurs, dussé-je la perdre aussitôt dans les flots transparents d'un bassin versant son corps divin dans la vasque de verre d'une gigantesque marquise en forme d'artère que soufflait la canne couleur d'ambre du couloir de Teramachi.
À mon étage germait une boucle d'ambiance qui s'épiait elle-même sur sa tige en dispersant comme des petites brisures de riz blanc le thème Andrea de The Walking Dead, je voyais se déployer dans le vol furtif du battement de mon coeur le sol majeur de répétition qui boucanait de la vapeur de sa tonique inodore les détecteurs de fumée collés au plafond que falunait, d'un rêve obscène, la poudre logée dans les extincteurs. Le trait harmonique franchissait la porte blindée pour saurir les huit lignes faméliques que je tapais sur le clavier. L'Hôtel avait un nom bizarre qui me rappelait celui d'une légende italienne du cyclisme, le seul coureur avec Ocaña dont rien ne dérangerait se souvenir de chaque moment de la gloire lorsque viendrait défiler vers soi le cataclysme d'étranges instantanés au crépitement de la mort. Presque tous les européens étaient partis, des petits groupes de touristes chinois très peu cafardeux aimaient languir dans les salons et les lounges, ils y suçaient des crèmes glacées avec un air mutin qui n'était plus celui d'ordinaires Gaijins, les étudiants étrangers regagnaient depuis un mois leurs logements au pied des collines, je savais qu'en France une chaîne de cinéma repassait pendant la semaine le film que Melville situait en 1942. Les filaments électriques de la musique de Demarsan, toujours vivant, revenaient se greffer aux placages d'accords de Morton Gould pour se jeter sur le grillage de l'auditive resserre dans les brisants d'un internement aux sculpturales catènes mélodiques, remémoration tributaire d'un circuit neuronal qui entretenait lui-même, sur le compost d'un terrain vague maculé d'écume, carboné des cendres d'ultimes écueils indurés jusqu'à l'os par la masse manquante de glaciers disparus de leur seule volonté, le verger de son clos normand. 
L'agent Bégaudeau, champion de la Kick-and-Rush-critique, spécialiste du jeu court de l'esprit à une touche de balle rhétorique en alvéoles, frelon des friches hexagonales dans les ruches asiatiques, se moquait du film devenu l'emblème de la résistance française à l'occupant, peut-être l'enfant avait-il raison, après tout Jardy paraissait vraiment de plus en plus raide dans l'obscurité des placards au profond ennui de shéol, comme le formier d'un chapeau, au fur et à mesure de ses infusions empesées de vapeur lourde, telles les eaux en bouteille de Norvège, quant au Gerbier hydraulicien de l'antan des neiges, l'ingénieur était à la limite de la rupture dans l'intimité de son analyse renouvelée de Cavaillès, parcourant le souffle de la vie jusqu'au bout du No Man's Mind kierkegaardien dans la blancheur de l'évent d'une haute peur séparant, frontière marquée du trait d'un cil immobile dans la respiration du sniper, les états de présence et d'absence au monde. [Ceci n'est pas une discussion.] Balistique du lièvre et de la torture, lèvres Zen, bouche tordue, sourire du désaxé, le premier arrivé sera fusillé avec les condamnés prochains. Alors que l'on marche sur les racines des ombres voilà qu'elles repoussent de toutes leurs écailles épaisses sur les cheveux, les membres et les yeux de ceux qui les projetèrent dans l'escalier de leur mémoire armée de fers à béton noyés dans les trapèzes et les rainures de ses mille queues d'aronde. 
L'UDR métagaulliste de 1969, lunée sur des ruines érotiques, couleur de peine, en prenait pour son grade (la figure du Golem de Gaulle semble épingler la poitrine de nains cireux alignés au dos des lambris du salon dans la jardinerie du Couvent), entre trois imbéciles et deux enfants perdus, les Blancs et les Rouges préservaient de plein droit la domesticité de leurs chiens baveux respectifs au feu des marrons d'une future et riche faïence, on devinait que la cavalerie des hommes de Frenay s'occupait en priorité de l'approvisionnement dans ses caisses du blé américain promis par l'OSS en Suisse, qu'elle laissait les Luc Jardy-Moulin, visages ridicules sous le bonnet du sourire de l'aînesse, bouches risibles dont les lèvres s'amuïssent à force de mastiquer le plâtre malingre d'un morceau de frometon dans la cabine chauffante et restaurative, à leur amateurisme d'esthètes de la chose combattante, Madame Mathilde avait le regard humide des vaches sacrées de l'Aubrac, c'est elle pourtant qui aiguisait son couteau mental sur le cuir du courage physique et intellectuel de la troupe révoltée, flanchait-elle, battait-elle des ailes, en tout cas avivait le gyroscope des deux aviateurs du libre sacrifice, sur le plancher des caches les communistes ne tueraient pas le temps uniquement à pousser de la voie, dans les déraillements de trains sans horreur d'arrivée ni de guerre de partance, leurs rebelles intérieurs et autres mavericks apostats de la foi moscoutaire, Elsa aurait suffisamment de papier pour imprimer son roman, elle filerait ensuite en scooter vers l'anonymat de la campagne avec son fusible amant. Tout cela pouvait aller encore mais la déclaration d'amour fou au peuple londonien héros du Blitz que signait l'auteur dans une mémorable séquence devenait trop voyante pour ne pas plomber, d'un fil de mercure dissolvant, l'écheveau d'acier sur lequel se tissait la légende reproduite le soir au burin de Pékin sur une imago clipea en ivoire de synthèse dans les ateliers secrets et les forges catacombes des salles de séjour de parents démissionnaires, par des jeunes gens aux maigres épaules taillées en V minuscule dans un bout de fer à user la proéminence soudaine d'une bosse signalant le surgissement verruqueux d'un pôle de radicalité surprenamment moelleuse même lorsqu'on la comparait au maquis des larges coussins ébouriffés sur les divans d'un auguste et contrarié devoir de nonchalance.  
Le gendarme au commencement pouvait refaire honteuse provision de victuailles, le panier à salade bien conduire Gerbier vers l'hypothèse d'un camp proche de Saint-Paul-d'Eyjeaux, les souffrances du peuple français n'empêchèrent pas les nombreuses ombres des Justes parmi lui d'agir au nez et à la barbe de ceux qui les prirent pour de la vulgaire poissonnaille, bouseux adeptes des bretelles aux dos des pianos, rednecks du banjo, et de prier silencieusement dans l'incoercible bruitage, pélican lautréamontien hurlant dans les outrages, de la sirène d'alarme du sous-marin reprise telle qu'en elle-même lors du supplice souterrain des condamnés à la MG 42, crachant les balles au son, disait-on, d'une étoffe de soie déchirée par des crocs, flottante dans la rigole ensanglantée qui va se perdre au courant d'un invisible ruisseau.
Les écrans s'entoilent des bleus du film, c'est aujourd'hui la teinte du drap de normalité dont s'enveloppent les séries qui décrivent le mal, je me disais que ce film cultivait depuis toujours les images caverneuses de son propre tumulus, souvent le nom d'un film surgit à l'improviste, comme depuis le Cape Sable un saumon de l'Adour, dans les premiers échanges clandestins au café avec celle de lointaine origine russe qui, de sa façon de marcher, par le timbre de sa pensée, vous transporte, le vieux-soi succombé dans la mire d'un seul regard d'élimination, hors vous-même au champ d'amour. 
08h:15. Le soleil est là depuis deux heures, les images de la NHK miaulent doucement de l'engourdissement des travellings gelés dans l'attente de la dissipation des brouillards de la nuit américaine, les reporters d'images semblent se demander où réveiller un possible Jacques Tourneur commandeur décrayant les taches blanches, bleues et rouges sur l'écran des huiles gyrophares du grand véhicule de la balle du long minuit, paon-de-nuit pustuleux de ricochets sortant par magasins entiers d'un antre sombre. J'aspire lèvres insensibles le café brûlant, la famille, Paris, Huitième et Vingtième rugissants, les amis, nous ne savons pas de quels et de quoi, de nous ou d'eux, notre vie, la leur, devrons être les personnages renaissant, tous les souvenirs s'incinèrent, nous sommes sous le vent du sanctuaire Sento qui connut dix résurrections après totale calcination, comme L'Armée des Ombres sortit intacte des ruines fumantes des studios Jenner, la rivière Kamo ressemble à la Seine à l'est, sur la gauche un Chatelet, des Japonais de l'hôtel improvisent une prière, ils nous saluent d'un gasshô très profond et leste, troublée, une femme allonge vers nous ses mains jointes et s'incline. 
Ils paraissent discrètement tout faire pour que l'on ne tombe pas à genoux dans un fracas de comorbidité induit par les images qui clignotent toujours sur les téléviseurs des salles de restaurant. Je dois être le pareil de milliers de blogueurs français, je ne sais plus pour quelle raison je tapais les quelques mots blancs d'hier, ni ne me souviens du moindre intérêt que pouvait soulever leur sujet. 
Fumbled Fumaroles of the Mist. 
Les Ombres décidèrent, cette fois-là, de ne pas courir.

Multiplication des Ombres
Pendant l'archivage des ombres européennes,
le comptage des morts continue
Une Ombre Amie Sort du Malheur du Monde Et Te Retend La Lumière
L'Armée des Neko-den Et des Kater Murr
Dans la Chatellenie non-anxiogène des Ombres Et des Amures
La Guerre des Mondes Vichystes
Philippe Gerbier fait l'expérience, sous de muets lazzis
du prétendu bouclier pétainiste
dressé devant le glaive de la goule pilleuse nazie
I'd Better take My Case Somewhere Else


lundi 19 octobre 2015

Frime de l'aporie autoréalisatrice

430_ Ombre à fragmentation


Ayez la pensée. Faites le geste. Et suez-en d'aise. Achetez à la louche des bons du trésor de la langue française, chaussez l'estomac gouffre surnaturel de littérature d'un Noguez, vomitique des fragments sculptés par la tératogenèse de ses pets de bouche, munissez ces fusées de chaussons de danse Kagura comme on le fait pour les petons des petites Miko, appétissantes ma foi, vierges de toute trace de malaise, c'est l'usage à Kyoto, pour amalgamer votre sublime à celui de Dominique, recueillez-les et mettez-les en bouteille ou en bocaux comme des rots de mots, puis sur la molle ottomane étendez-vous, mâchez-les jusqu'à bouillie bordelaise, fermentez, dégustez tôt, décidez-vous à laisser venir le spasme à tête de maquereau, pêchez alors l'odeur du picarel, elle vous reviendra droit au goulot, froide sirène dans le dos, rêche de saveur lâche, veste de coutil moite, devenez saisis par les gaz de sa fumée, les avez-vous avalés ? Plus tôt que ne le souhaiteriez, devant le feu de vos jeux de sarments, amis chats des déjeuners amants du mou, bientôt vous ne le saurez, oiseaux saures, que trop.

Discussion :
Mon pauvre vieux Pataud abandonné sans plus d'esprit carnivore, chien perdu sans scoliose, tu débloques à pleins tubes, Noguez a tant dit pour l'amour du football, tant fait pour Miron et ton cher Québec, et toi qui chantes sur tous les toits la gloire cinématographique des bros de mère Larrieu, êtres au cube, ne viens pas chialer ta race de cabot s'il vient te péter les couilles en mode grandiose un jour sur ton blog de misère encrivore dont aucune compagnie houillère ne voudrait pour coron. Des ronds de bouche, du genre qui mouille tous en faisons. Ne joue pas plus que tu n'es déjà les scarieux, mon bon vieux gars musicien sans violon, au ventre creux comme un rebec. Que vive l'affairisme multisémantique en littérature, qu'il se fragmente en autant de facettes à s'en faire craquer et disperser les os de l'abdomen jusqu'à son massif facial, qu'il dilue sa came en usant de chaque opportunité volée à nos habituels fesse-mathieus assis derrière les guichets de la banque des grammaires incorrectes qui dealent l'incontenu de leurs amphores, comme, à la manière de Noguez, on corrige maintenant les maigres longueurs d'ondes des barattements du beurre attachées par petits bouts à notre poignet, après avoir lié nos vies au vide atmosphérique en l'absence de pression dans l'air des romans à beaux quartiers de viande qui renvoient à la source des sédiments de leurs sangs les signaux lorsqu'ils cessent d'exister, pour chasser au loin le court-terme des réparties du fuoco di Sant'Elmo, comme l'on se souvient de l'offre du héros -- muet à sa demande, que rien jamais ne segmenta --, Plissken-san, sieur Cioran-Snake, lequel nous revint tout argent en Aredhel, figment-fracker du grand imaginaire de la Frage limnophile qui cercle d'une enceinte en carbone le coeur de récits nés pendant la nuit et soumet les routes et dessertes y menant au nivellement du lancer de grenades qui les éparpille sur autant d'autres chemins vers d'autres itinéraires et leur résolution d'artères de salars ou de lacs, encore plus stagnants, encrées par le captage d'un puits de quelque flux liquide depuis longtemps détaché des vieux étangs d'Eaubonne dans les roulements de morceaux de coraux jadis précieux aujourd'hui le visage écrasé de poudre de rides grasses à lubrifier dans un tonnerre de suies la queue du train long des réponses, serpent éludeur de la disparition du jet d'écriture défragmenté imperméable aux solutions et sur le dos duquel les maîtres des nouvelles légendes rêvent depuis toujours de faire jaillir leur royal solvant de continuité.   

jeudi 8 octobre 2015

And The Wind Cries Mary

427_ After All The Jacks Are In Their Boxes
And The Clowns Have All  Gone To Bed

(Photographie Uberperso)
"Je suis l'archer et ma propre cible"


Nous fîmes ce que pûmes
Ce n'était certes pas suffisant selon la loi,
ou plutôt la voie
Les lawyers américains, lorsqu'ils signaient d'un trait de plume
les contrats,
avaient l'air de calligraphier le papier ivoire d'un Mon, vif empire de leur pavois
À leurs côtés nous ressemblions à des ifs pétrifiés, voire à des enclumes
And The Wind Whispers Mary 
Ils parlaient tous japonais avec des sangles de chevaux Mustang dans la voix
Nos deux juniors peinaient à drainer le moindre point d'inflorescence au gré des épis d'un discours égrainé sans beaucoup de volume,
et la fluence dormait comme un loir à l'abri de son propre poids de grume
Ryuken ou kaïnu, okami mâle Alpha crevé de faim au gîte de l'acquis, comment pourrais-je charger plus leur charroi ?
Nous faisions petit miel dans la ruche que le grand nocher de Kyoto, depuis l'ère d'Heian toujours sur une barque à fond plat, transhume,
Nous ne nous quittions pas du blanc des yeux, seule voile pâlement écrue dans le pot au noir de la brume
And The Wind, It Cries Mary 
Géants de l'heure et lieu, débarqués tôt sur des vélos en sandales et bermudas ils se taillaient à même le drap des cieux subite prestance,
dans des costumes
de soie sortis d'un patch de logiciel dont nous n'avions soupçonné l'existence,
pour crucifier les restes d'émanations de potlatch et clouer l'affaire selon les schémas éprouvés des jeux réglant leur coutume
And The Wind Screams Mary 
Les Temples brillaient de tout leur vide sur les lits
conjoints des Kamo et Takana
Il fallait se creuser une place entre les lignes des galets polis
par les ventres féconds des carpes Matsuba
ou peut-être simplement par la douceur de ceux des koï Asagi
Will The Wind Ever Remember the Names ? 
Les ministres de France
vinrent tâter de la confluence,
ils leur fallait vanter les Macronomics
modestes réformes gnossiennes censées faire grossir les demographics
des créateurs d'entreprises gymnopèdes
à la Erik-Alfred-Leslie Anton-Satie, chasseur en chambre de lagopèdes
Monsieur le Maire de Kyoto et Le Premier Abe riaient sous cape,
ils allaient depuis longtemps trouver Parade
retremper dans l'eau les embryons, refaire leur handicap,
construire des centaine de milliers de sous-marines autostrades 
Nous devions relever le pavillon des daimyos de l'Areva,
chaebol idiot sorti vivant des fumées autoclaves de bureaucratiques sonatines
Les Américains vendraient des armes de bouche à la Force de Défense au muet appétit que rien jusqu'ici ne dégreva
Laisserions-nous Suntory nous inonder de sa craft beer, de son thé vert glacé et de ses sodas ?
Irions-nous un jour leur céder du malt à notre façon latine ? 
On nous fit monter des bières et des suchis,
trinquer avec nos amis américains commissaires des Kirin Premium et de la Super Dry Asahi,
aller prier avec les mêmes au coeur du Tadaso No mori qui nous salue,
était comme se tendre un Japon étreint dans un Transsibérien du fleuve Amour à Formose au-dessus des gouffres du Godzilla de la Gnose des moins-values 
Monsieur Valls souriait, Kadokawa-san sémillait aussi
Le Français offrait plutôt bonne mine
et ne dépareillait pas dans les rangs du PLD matrice d'aristocratie
ceinte d'albumine collant par éclairs des trombes de fond d'oeil aux cols cristallins des spectateurs sur des larmes rentrées de contre-hermine 
Un Banzaï timide
Semence d'une promesse
Dents blanches du bonheur
Reflets du vair des grues de Chine sur le plumage neutre et sans âge des éternels ministres 
Me rappela celui que j'entendis quelques jours avant, 
couiné comme une sorte de point-virgule conclusif par un homme d'entretien ou de cabine travaillant à l'Aquatic Center,
piscine enfouie sous la gare et son pavement d'où fuitent au-dessus des têtes des voyageurs les gouttelettes de vapeur soufflées par l'éloquent brumisateur,
à la fente d'un évent,
un mec au visage de Koizumi ou de Lapon, presque complètement rouge, étrangement buriné de coton de bronze pour un habitant de la ville,
longs et bientôt rares filaments de cheveux blancs,
venu à la surface s'en griller une l'air docile,
et qui m'avait renseigné, d'une très mince ride de lèvre aimable, l'iris gorgé de malice mais sans plus d'effet, jaugeur du type devant
lui, locuteur de japonais malhabile,
puis lâché son cri d'équerre, comme le font peut-être de la Kamo les canards séchant leurs ailes trempées dans la sauce de la mémoire du sang,
une parole que je pris pour une invitation à se faire soi-même à la hausse entre les lamelles du viseur de la nolition du grand Zen civil.
And The Wind Cries Mary.