À Anna Andreïevna, Ossip Emiliévitch, Vassili Sémionovitch, Alexandre Issaievitch, Boris Léonidovitch, Vladimir Sémionovitch, Viktor Robertovitch, et à Marina Vlady
Mon russe bleu Qui décrocha l'émeraude du chant de ses yeux À roche nue d'un coup de graphe que satine Encore la griffe de la même flexe sous la nouvelle patine Rousskaïa goloubéva kochka Réputé doux, fidèle à son maître, boulimique de littérature, à rien d'autre que ça n'est bon qu'à, ne pense qu'à Porté sur la chose plus que de raison pure comme le sentimental sang vieux (et les phénoménales choses du ventre qui coulent des cieux) Des Jeunes-Croyants des forêts ukrainiennes dévastées par le caramel du Kremlin embué par le feu De glaces bleutées avides, comme dans un roman de Sorokine Pressé par la boue fine, féline -roulée aux pieds de Simone Weil- qui obéit à Dieu lorsqu'il lui demande de remettre les enfants et leur petite somme d'argile à couvert sous la Terre, comme, dans la carence d'une eau suffisamment limpide, on commence à filtrer et boire son urine Sans émettre de bruit, ainsi qu'ils avaient reclus Pasternak pour qu'il meure garrotté par un discret jeu du foulard, sobrement transpercé par la pointe poreuse de son stylo-feutre, en sa datcha De même ils confirent Vyssotski et Victor Tsoï dans les tonneaux d'alcool frelaté des vignes du kitsch soviétique, comme au fond d'un sac on jette dans la Néva deux, sagement sacrifiés, exsangues russes bleus qui dévissent et dézooment à l'exacte verticale apparente apparition de l'œil de mon chat Mon bleu russe Et la fusion nocturne de ses caresses fantômes, vagues réfléchies au centre des invisibles intestins de mes gestes amples, pupilles fendues par l'enveloppe d'un grain d'orge enclavé dans le silo d'un escamotage des bleus d'azur sur le visage violacé de la Prusse En ses appartements repeints en jaune beurre panique Avec un œil de bœuf gluant des larmes d'un rire qui vient d'être pilé, et une fenêtre qui offre ses poignées aux gants du vent qui tient à garder preste sa sensibilité de leurre frais, paupière mouvante de son oculus toujours purement famélique L'écran de ses blanches et noires surcharges et ratures maculant ses listes, l'écran rivé sur les iris de sa vision d'apocalypse, devant cet écran ronronnait la morgue proverbiale de Staline derrière le miaulement de ses Katiouchas Tout passait comme chair sous les chenilles de ses vibrisses, tout, focus écrasé dans les hors-champs, jusqu'aux corps des cinq maris de la Samaritaine Akhmatova, jusqu'à la géorgienne possibilité, pour ses grimaces de montagnard auto-référentielles, d'un diurne rachat Heureuse comme Archangel en France jusqu'au Nil bleu des Îles Solovki de la souffrance, le chat penche la tête vers le jardin semé de sardines tombées toutes mouillées des ascenseurs d'un ciel de fer, ainsi que le prétend la légende d'un Walrus Sous la pluie anglaise fantomatique De Mrs Muir, de Lennon in Eiffel's fur, wet as never ever before, jamais loin des œuvres phares de ma Vénus Je ne sus jamais s'il était de texte masculin sur papier bible ou de la charte mariale à la fleur de l'âme de pleine voix chamanique Mon chat russe qui n'existe que pas à pas. Ombre pattue d'Archibald de la Cruz enrobée d'une soie maligne qui n'eut pas, l'étant déjà, à se muer en une boule de neige dévalant la montagne de mains et de doigts de Jean de la Croix
| (Photographies et dessin : Hübert Perseault.) |
(Publié sur Facebook, le 10 avril 2026. Cette version se rapproche du premier jet, tapé ici mais tenu en réserve, beaucoup moins verbeux.)







