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dimanche 3 mai 2026

Cotation de soi sur le sol


Au bon vouloir des géomètres municipaux, que nous abritons dans les bons et mauvais couloirs de nos cœurs et de nos cerveaux, qui doivent noter le chemin exact des réseaux divers et variés que ces périssables organes empruntent, avec cet habitus sentimental trop prégnant, quoiqu'il fasse toujours charnière, et si souvent importe encore comme preuve de sa manifestation candidement humaine, en compagnie de l'Esprit.


Fluor

Roseaux

Rhizomes


Rose vieilli

Rus, verts ruisseaux

Eaux jaunes rudes et douces 


Des résines flash de trot humain

Et l'ivoire des raisons gardées sous le sabot

Tressaillements d'équins et les éphémères rouges échos de leurs rêves sur les lèvres de la ville 

 

Briques de papel, avec la sève du bitume pour mortier, disséminée sur la Terre du haut de la meurtrière d'une Babel taraudée par la lumière de son rabot

L'envers des lys dans le mouillage du ciel aux os blanchis par le poids des pelles de leurs ancres de Chine

Étranges flores archères des flux et des hordes de ce qui pousse encore de soi jusqu'à faire jabot

Reflux réflexes profonds du sang à fluorer en interne par les naseaux

Devant notre faible intoxication aux lueurs de l'aube des grands dehors en fleurs

La confluence de nos vies terrestres, souterraines, et célestes qui font du chiffre avec ce qu’elle dilue

Assises sur les pierres, peintes en bleu patenté ou simplement iodées, de la Fontana Maggiore

Dormant du sommeil des tailleurs et carriers des grands blocs de nos nombres vitaux sur la petite pelouse extatique tendue des mille pas perdus d'un majuscule marché aux puces

Brocantée par les Muses de quartiers entièrement découpés selon la numération en vigueur, sur les plans desquels nos âmes peuvent, l'instant d'une enchère, s'allonger

Ou "troquer leurs indolences", comme disait l'homme aux sept semences divines, plus une

L'oblat roux de Ligugé, portrait craché du maître Rubeus de Pérouse, cité à laquelle Chantilly devrait s'aboucher, avec à-propos se jumeler, dans les caves inondées de boîtes à souvenirs et les vide-greniers dégueulant de daguerréotypes figés dans leur temps d'outre-pose

A Flee market breaking the street hawker's cant in you, or trying to.

A brocante as we say in French, from the Dutch (and Liégeois too) Brok, a fragment, something done piecemeal. 

Aux accotements immeubles, pneumatiques stabilisateurs de votre spiritualité, gardiens de ses bandes dérasées, qui donnent la miniature d'un visage à l'Eden de ce qui reste une banale dépendance routière, indispensable à la sécurité morale du roseau creux qui exauce en vous la fonction, et sa folle machine désirante, à respirer par la tranchée zébrant votre humus de ses canaux anonymes

Qui entend vos prières de futurs grands-dégagés, par la tonte ou le fauchage réguliers de votre psychisme aiguisé comme un brin d’herbe et son pack de sauterelles giclant à la gorge de vos artères

Afin d'y créneauter un peu de votre emploi de l'espace en plein foyer de la matière noire, jadis au ban de la communauté, d'un invisible réseautage ouvert à tous à satiété 

Dans la hantise d'être à jour de vos cotisations, de vos quotes-parts au dîner de ce que nous sert une civilisation qui n'a pas changé d'un iota les repères sur les points de la roue crantée interdite, arrêtée, qui lui dicte aujourd'hui sans autre ressort son muable emplacement  

Certain d'être au bout du chemin, ou encore embarqué au centre de ses entrailles, à refaire de l'enrobé un ruban, ou de la terre un sentier, sur la route immobile de notre vie défragmentée, rouler encore sans rien amasser, comme galet houle et nage entouré de sa propre écume, qui le rejette au large du séparatisme de ses associations d'idée fatalement arbitraires, des trous dans le tapis océanique passant pour les instruments de la grille de lecture ultime d'une histoire ensablée, pourtant tamisable à merci

Les cercles des splendeurs morcelées d'Ombrie, au prochain vol de Compiègne, allaient partir à la hausse sur le champ, je le sentais, le voyais, gros comme le soleil qui écrasa ma maison 

Dôme de vapeur explosé qui semait au dépourvu les lambeaux des lettres numérales que m'avaient confiées le binôme sacré Mallet & Isaac 

Chronogramme rangé des voilures, comme sur un bras de mer d'huile un incessible pauvre tract

Sans voiture, sans vélo, sans chaussures, ni parachute, comme à cru sur une inusable saute de vent

Les montants des échanges, à chaque plage de leurs encastrements, semblaient de la semelle s'être renchéris

À part les pas nus de la marche, que pouvais-je joindre à mon offre ?

Dans nos logements de ponction, nous reprenions chair et instantanément la rendions sous les fanons et les baleines de nos atomes d'hier qui tombaient en barres de pluie

Sous le nuage d'os de l'aile de l'aigle de Patmos, géographique pulsar de Dieu qui nous repère et nous aide, sans retourner et transformer les cartographies, que nous dessinâmes en amont pour notre usage personnel, en un immense et trop usuel panoptique benthamien.

l'Esprit-Saint transperce sans peine mais avec une douceur extrême le filigrane de la brume --accoutumée aux épais coups de corne, comme rompue aux clapots feutrés de toutes sortes de sornettes assorties de leurs jurons-- et la recoud, la recouvre d'une pellicule de silence qui soudain se met à converser, le souffle sur la peau, avec le bruit cosmique

Avec un peu de mansuétude, quelqu'un consentira peut-être à me solder bientôt une édition princeps d'un quelconque siècle d'hier survolé par Lagarde et Michard, histoire de refaire un pas, en cette belle ornière, vers le futur

Peut-on fuir vers son passé, s'y reposer -- tel le cliché d'un dernier mégot de cigarette aplati du bout du pied --, lorsque celui-ci, gaz de la mémoire tranquillisés dans les chambres vertes de la combustion, de vous et de vos traces, comme de votre insistante fluoration, n'a plus rien à caleter ?

 

mardi 3 mars 2026

The Horse within



 

The horse is a feral forest  

The beast of a juggled angle 

Invisible to the coming man, like a frieze of the skies on the ground that its mounted visitors drew in, unconsciously

The forest is a feast of a metaphysical corral

A space for the herd, the mob, their band of grazers, the harems of your timeless seasons

Into the wild territorial passings of its duple galop 

 The forces of law rest in his loins

The wooden hoof anatomy, plated with some brave mettle, its flank signature suddenly opening up the possibility of new curves, like a croup d'état in the glade of the Icelandic Althing of yesterday

The somber clearing of its elders' embers that smoldered for years but never took fright

The Far east a de beaux restes, tu sais, "embrace them, babe", says he with the hoarse voice of a tiger, almost

The unrestrained muscle

Of a symmetrical forest he set in motion

Free falling into his arms and legs

With a great deal of gumption

Requests of a fire to run the gamut of the creaks on the floorboard of its musings

The Great Boston Choir suddenly quieted for good

The birches have eroded their soul in their forearms

They write it warm-blooded, as a mental sinew encoded right on their skin

Like you chewed the fibres of your own bark

Under the transpiring leaves of your white-hot racing hearts before the tracks of that once insolubly green ghost rider of a knight





À l'origine : 

Écrit, versé de soi-même, dans la tête au réveil, un dimanche matin, avec la première phrase qui s'imprimait, bien qu'encore en sommeil, sans rien demander, comme souvent pour ce genre de texte.

Le vendredi précédant, vers 16 heures, à peine avais-je commencé mon tour favori du cimetière Saint-Pierre -- dans le périmètre d'un rectangle forestier de sentes qui répétait les ondes du carré de ses rayons, symbole juré d'un chemin de rondes qui n'appartenait qu'à lui, comme une architecture en double-peau cernant le lieu de repos --, que je tombai face contre hêtres, sans oser la prendre en photo, devant une jeune cavalière, bombe, cuissard de leggings, bottes, tapis de selle bleu marine signature d'une écurie (le blason du musée du Cheval, une fois le mystère évaporé) fort courtoise (manège des codes masculin/féminin déjà troublés), montée sur un cheval bai très affûté et au fait de la conduite à tenir, comme surpris à la croisée d'une fenêtre, avec les humains de passage.

Elle me salue, mon bonjour me reste dans la gorge, atone, racheté par un sourire presque arrêté sur sa lancée bien après l'échange de regards, pour ma part gêné, quoique rien ne s'y prête, l’acte d’une machinale émotionnelle bêtise en moi, qui ne me rate jamais.

Les cavaliers à Chantilly sont la plupart du temps -- lire : toujours -- emplis de respect pour les gens rencontrés dans ces moments de hasard.

À la relecture, alors que je ne fis que suivre le petit tract d'une pensée qui, au fur et à mesure, se découvrait sans fard, je m'aperçois que je viens de taper sur l'écran quelque chose comme un poème digne d'un Robinson Jeffers du pauvre hère oisien, affamé de textes et d'images, trop consciencieux pour être honnête. L’excentrique de Carmel-sur-mer que l’on affublait de nihilisme critique, posé sur ses vers comme une pierre de la lourdeur d’un extraordinaire galet polisseur d'obélisques marins d'une civilisation perdue puis retrouvée sous le sabot d'un océan pétrifié, s’était répandu dans les veines de mon oubli des devoirs christiques d'un seigneurial accueil obligé dû à son prochain coudoyé dans les bois. 

Boston fut la première ville américaine, après le débarquement d’un vol NWAirlines (que ma mère tenait à m'offrir), avec laquelle j’échangeais de l’humus, tendu d’oxers chus du ciel, dans la salle des sauts perdus de l'aéroport (dont le nom de sable et de Carrousel me plaisait depuis longtemps).

Logan. Et sa course épique. 

Ma description d'un cheval-forêt, d'une forêt-cheval (peut-être le prétexte de départ est-il déjà un peu trop grossièrement étalé pour être du côté de la plate finesse ?) retraçait de façon appuyée les choses.

Malgré ses phrases détachées du tronc commun qui, lacéré, pourtant ne donne pas sa sève -- contre les effets d'une automatique notion illustrative, jusqu'à les injecter dans les moindres alvéoles du pur esprit d'une notation qui la modélise -- à la légère, les jours de bonne inspiration. Alors même que, dès ce stade, je me surprenais à éliminer des références à des mots et des situations répétitives souvent trop éprises de mon clavier psychique ; des sentences qui tournaient en rond sur la langue, -- comme la curiosité insatiable et brusque du lecteur, ce touriste du présent dépassant déjà d’une tête considérable de la vie des autres, sans qu’il n’eût à faire un geste, m’empresse à l’instant de les révéler -- du genre de celles-là : "Nothing could trespass the bounds of a good Terre Gaste" et "A transversal Japanese bathing...". Allusions trop claires. Le trop voyant ridicule de leurs rêves d’une insertion chimérique dans le corps du texte, lumière rouge clignotante. Adieu au Shinrin-Yoku surinterprété, salut à Kurt, à Thomas Stearns, au revoir à...

C'était l'irruption de la cavalière et de sa calme et puissante monture bai, parente du Blanc-Seing de la toile de Magritte peinte en 1965, équin roi de civilisation, moitié meilleure créature omise de l'âme de l'Homme, moitié chair de Mustang toujours sauvage baignant dans son rang, qui m'avait retenu, et voilà que mon originale copie était servie sur une autre table, tel le verre d'une encre à l'écarlate renversée sur son drap blanc, que semblait faire saigner à la manière d'une éraflure la voie déplacée d'un récit contraire, malignement desservi comme je le disais plus haut, bien que resté débonnaire. En plein cœur de l'audition mystique des Persans fins lettrés de la ville de Beaumont, toute proche par les rails, forgeurs de psaumes et de cantiques sifflés qui accrochaient leurs futs de plume tubulés sur l'échine prolongée des chevaux arabes ou de Przewalski.

L'état d'une dérive invisible ; l'intuition vague qu'on en a, qu'il ne faut surtout pas en refuser l'obstacle, même escamoté dans sa réalité même, avant d'écrire le script de quoi que ce soit, avec plus de prise sur sa perspective cachée ou ouverte, plus d'entrées sous la flagellation du bleu du ciel de chez Piero della Francesca et ses suprêmes sources de réflexion, même si l'on sait que l'on devra forcément sortir de son atrium ou de son orée, doté de nouveaux gestes de l’âme, ou des sphères de la grâce éjecté, par le cadre en bois de la toile de Mantegna.

Ne pas prendre l'allègement mental d'un texte qui se dicte lui-même sa conduite pour le parchemin inouï d'une révélation qui ne saurait vous appartenir au premier chef, dans un lieu premier, le milieu blanc d’une page.

Je ne voulais pas parler de ça, de ce qui apparaitrait comme une inutile autocritique, déjà dépassée, anachronique dès son contrejet sur le papier, mais, en partie pour me préserver d'une seconde relecture, pensais que de se rapprocher la bouche de l'oreille du lecteur n'était peut-être pas si vain. À bon étendard.