Affichage des articles dont le libellé est M.D (14-96). Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est M.D (14-96). Afficher tous les articles

jeudi 7 août 2014

"Si vous vous imaginez, madame, madame..." (Fractal Instant Karma d'une femme)

@ Laure Adler
_ Si vous vous imaginez, madame, madame A., madame Adler,
que depuis mes Roches Noires lunaires,
je ne vous entends pas me causer dans le poste,
c'est qu'on vous aura égarée, garée, garée, ga, ma chère,
en cet auguste été, à son mois d'ost.
Vous vouliez renvoyer l'écho de ma voix dans vos documentaires,
aux titres délibérément soumis à l'esthétique lapidaire,
surtout "L'amante", first and foremost,
puis "La Guerrière, La Sorcière", paire radicale marmelonnée comme une pierre.
Lorsque je vous écoute m'écouter, la voix me saute au visage comme un toast
brûlé, trop vite sorti du frigidaire
où on l'aurait laissé reposer sept mille semaines, de Chavouot à Pentecost. J'ai la sensation d'un timbre flûté parcourant un long os aciculaire,
de capter les sons défiler à la vitesse d'un pantographe sous sa caténaire,
de fouiller des ossuaires sonores tambouillés dans la sauce de leur endoste.
C'est un peu de la moelle de Marguerite à la recherche du jour pendu au bout d'un canal médullaire.
Vos émissions couchent la forêt de mes souvenirs, me jettent dans une clairière,
comme au fond de la lampe-tempête d'un poème de Robert Frost,
je bois par leurs feuilles et vois depuis leur système racinaire,
c'est tout à fait étrange cette expérience de miroir à la glaire
translatoire, 
quelque chose que vivront les écrivains qui ne se prennent pas pour Faust,
un vol premium low-cost vers les hiers habités encore du vocal hallucinatoire de la conversation avec la mer,
qu'on prend plané, droit sur le petit théâtre du château de La Coste,
sorte de réflexion glissée qui fait entrapercevoir
ce que l'on aurait pu et dû dire à divers moment-clés, si nous ne nous étions pas perdus. Lost à L'Histoire, comme ils disent au Washington Post.
(_ Le gros trait rouge de Pierre Desproges, tracé dans le dos du manteau de l'amante de la Chine du nord, c'était de bonne guerre, je l'ai vu venir depuis sa loge, son humour a du corps, mais que diable Laure allait-elle faire au Vietnam et au Cambodge, voyage qui mêlait à un passé scolaire les images endocrines d'une Indochine des nombres noirs lassés de leur masse molaire ?)
Vous voyez, vous me faîtes écrire sur tant d'aires que je perds le sens de la désorientation sur le continent oubli et son gris permafrost, ce n'est pas mon style, j'ai horreur des rimes intercalaires, vous auriez pu m'appeler, j'ai encore une ligne filaire qui relie mes Roches au reste du monde terrestre monstrueusement vostre.
Vivifiée par les filons d'une mine de wifi à ciel ouvert.
For the most part, in pure Glasnost.

mardi 24 juin 2014

Marguerite Duras : L'Intervista nera (I)




Marguerite Duras, dehors il fait déjà noir alors qu'il est midi 14 chez vous, pourquoi tout d'abord acceptez-vous de répondre à cette interview ?

  • M.D__Le soir des planètes vagantes est l'heure de chez moi. C'est aussi le moment où passent les comètes blanches dans les roches et les glaces filantes au matin des étoiles. J'avais l'habitude de cette concomitance minuit/midi propre au rythme de la plage de Trouville. Souvent les avant-dunes de Deauville et leur sérac de lumière formaient une rupture de pente dans le soleil et voilaient son axe. Je vous reçois sur les débris coquilliers et les grès de mon nouveau beach-rock. Parce que je crois que je veux redonner la parole au silence, le mien et celui de quelques autres. Avant que le roi des astres ne me pousse au grand roque. Revenir à mon propos. Je ne le fais guère en mon actuel pays lunaire. J'ai eu cent ans aujourd'hui. Et parce que j'aime les dialogues. Ceux qui libèrent des cliquetis du jeu béant qu'on entend dans les articulations du verbe des acteurs de la société ("les absolus zéros de l'infini des oraux"), ces hommes un peu vains qui se voient comme sur une scène, les traits spirituels parfaitement émoussés, l'élocution disjointe, muets à force de détenir les cordons du discours, le corps plâtré, engourdi de sourde emphase. Ils ne flèchent plus rien. Cette nouvelle stature, qu'ils ont longtemps recherchée pour elle-même, ces sagittés du vocal, pomme d'Adam criblée, les fait se raidir sur leur "ergo-gluc !", alors ils "décident." Leur prise de parole disloque, la main de chacun n'est plus que l'adieu de tous transmis à nos membres éparses. Bientôt nous ne nous saluerons plus. J'en ai parfois assez de mourir du théâtre de ma parodie, j'observe qu'on fait parler les morts dans les fora des blogs aux fjords de la pensée la plus bogus, les enfants de ceux qui comprenaient mes livres ne comprendraient pas pourquoi ils me comprennent mal aujourd'hui. C'est en tout cas ce que j'entends autour de moi. Tout s'endort, les petits et la mère, tous repus. Celle qui aimait, au-delà du môle, rejoindre les gens sur le chemin de leur secrète maison du jouir, ne les atteint ni ne les émeut plus. Les volts de l'attraction sont tombés par terre. La perte de courant qu'on décèle, avec force testeurs tombés du ciel, dans les échanges et les rencontres, est mise sur le dos du long tract numérique, ce serpent à calames vaniteux charmant l'oiselle en réseaux, qui dévorerait les écrans, les interfaces et les visages, dans un éternel et délicieux souper d'animelles. Sortir de cette lecture geôle. Je n'appose pas mon nom en japonais au bas de ce "J'ai tout vu. Tout." Internet ne peut pas être cet Hiroshima moral que certains nous serinent qu'il serait. La comparaison a la mauvaise mine de l'obscène. Je voudrais revenir comme un allumeur du temps. Sauver les gens de la peur des commencements. Telle Jeanne d'Albret, je veux "reprendre la signature de mon Concile, baisser "le remuement du bruit" qui trouble les âmes frottées au rythme laid de l'absence de musique. Briser l'enveloppe du tempo électoral qui les statufie comme des emprises à l'écu cimentées sur des piles de ponts en béton dormant. Réapprécier l'or de l'attention qu'ils me prêtèrent, reverser la chaleur du sang qu'ils me donnèrent. Comme la princesse Kaguya, petite pierre d'Alice et monitrice qui n'en finit pas de grandir jusqu'à redevenir gravide de l'enfant, chue dans leur invisible bambouseraie. Avant de repartir à la lune, une dernière ode à la Terre. いのちの記憶.

L'édition de votre oeuvre en Pléiade, commencée il y trois ans, se poursuit à coups vifs de palades pendant l'été 2014 avec deux nouveaux volumes, croyez-vous toujours, si on la rapporte aux enjeux brûlants que vous venez d'évoquer, en son pouvoir dissolutif ?

  • M.D__Sur le fleuve littérature, je regarde passer ma plume. Son encre-flottée. À contre-narratif. Le thème de la perdition m'a toujours plu, la dissolution est aussi un leurre, il faut remettre à flots l'esprit du présent dans le temps des hommes. L'humain, à l'affût de la moindre possibilité, même si cela reste à son honneur, s'est couché dans la pâture de la plus scintillante des futuritions, comme sainte Barbe il s'est jeté dans les fourrés pour échapper à un père menaçant par son absence, mais sans y trouver les épis de blés garants de la récolte d'un bel aujourd'hui. Il enterre le passé comme on offre un sacrifice, je voudrais désenfouir ces hiers en archéologue du beau présent. Démurer les surlendemains. Ce manque de pétrissage de la pâte du réel maintenant, cette dyspnée du souffle dans le présent, agissent comme une lapidation. À l'aube des multivers, inexisteraient-ils fiers de n'avoir jamais eu de jadis et naguère, l'Histoire continue de découvrir son sein pour étancher la soif d'imaginaire des hommes, et si l'on saute le pas de notre voie lactée, qu'on dévisse un jour la sinusoïde des galaxies, la lumière du clair de Terre ne nous faussera pas compagnie de si-tôt. Ne traînons pas notre avenir aux gémonies sidérales, derrière les escaliers. On me tend un voyage en Belle Boucane, cosmonaute d'un noble amas stellaire, cela me rend gaie. À l'heure où je détecte que l'on me suit, me copie, m'élève en modèle, j'aime que soit fondue mon oeuvre originelle dans cette monumentale collection, poussière d'or de la mémoire passionnelle dansant dans l'ossuaire du soleil, telle une rakshasa khmère dont il faut redécouvrir le sourire. C'est la lueur de ma vieille solitude que je voudrais qu'il entrât parmi les pierres des temples lancées dans l'obscurité par les racines étouffantes des figuiers des Banians, et qu'il sortit selon le regard de l'orient, dans les pavés fourmillants des lianes aux anciennes lectures. Pour que la parole s'anime sur des lèvres ouvertes à la puissante saillie des émaux de la vérité.

Nous nous souvenons de votre entretien avec Michel Platini, comme un Loki les yeux dans les yeux de Dumézil, que publia le journal Libération en 1987, suivez-vous aujourd'hui la coupe du monde de football au Brésil ?

  • M.D__Oui, je la suis. Le jeune James de Colombie jette dans la mire du catenaccio un pavé. J'aime Edinson Cavani, un presque néo-Francescoli, né cette année-là, l'élégant attaquant de ce petit pays d'Uruguay, presque l'idéal personnage d'un film de Liliane, in some way. Il s'apprête à jouer ce soir avec son équipe contre l'Italie, une nation chère à mon coeur comme vous le savez. Sirigu contre Cavani, cela a un petit goût d'Alpha rencontrant l'Oméga, le gardien du lieu contre le voleur de feu, c'est très beau comme face-à-face, comme tension. Je me souviens de l'époque où l'Atlantique était italien, où le marin Vespucci jouait mieux à la balle avec le soleil de Gibraltar que l'amer indien Columbus avec l'or d'outre-Hispanie. C'est grâce à Michel que je garde un oeil indigène et frais sur la Terra footbalistica incognita des jeunes joueurs arawaks et la flore de leurs gestes techniques toujours inouïs qu'il dessina pour moi sur une carte. Je guette les Platini d'aujourd'hui jusque très tard dans la nuit. Um novo mundo. O doce silencio.