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mardi 8 septembre 2015

Le Nuage de Marguerite


420_ Kotel des Rochers-Nord.
Vivre une vie de squale
aux marges de la société.


Regain des pèlerins
Bord des Terministes
Au-delà de ce corps
votre vivant amulette n'est plus muable
Alone on the shore
Grand estranger délaissé par le requin
Ormer or abalone come and shell no more
Saint abandonnement à l'estran du destin
Hell has its bright sides able
to tear out your insides from their solid tore
Les nuages du passé composé sortaient des lais de la Seine par la baie puis la Manche et s'éméchaient, au-dessus de Turold ils marquaient le ciel de leurs longs flancs qui ne connaissaient ni commencement ni perfection, pas plus inchoats que conclusifs ils laissaient filer sur leurs bords une espèce de charpie dont la consistance, proche de la matière suave qui s'échappe des petits cerveaux de blanchots qu'on fracassait sur les banquises aliénées dans la glace de jadis, embâtait les yeux pour les emmener à la poursuite d'un grand blanc ou d'un requin du Groenland, de la race des dormeurs, skalugsuaks habituellement dévorés sur les rives d'Ammassalik et transmetteurs consentants d'antigel dans le sang enivré du regardeur alors propulsé malgré lui au ventre fléchi d'une vague fluxion de présent, contraint d'observer un morceau de bretelle de l'Autoroute A 13 tel un boyau pendant de ce manque de tête et d'intestin supposé porteur sain d'une intenable vapeur d'eau, prisonnier de les voir considérables absents à leur passagèreté même. Déradait une autre lenteur sèche de l'autre côté, vers l'Auville les nuages qui s'étaient engourdis à force de frotter leur enfoncement sur la plage longeaient le courant de leur vol pesant au-dessus du lit d'un fleuve aussi noir que le plongeon des cormorans, le coffre plein comme le front des cachalots, valeurs d'enclume arrêtées à l'à-pic de la pâleur de l'écume, on aurait parié que se rejoueraient bientôt les scènes d'un été 80 rouvieux de la galle de ses pluies intactes, mais sans le recours au requiem ex-machina, les enfants, mêmes pourvus de monitrices, mouraient en mouches héroïques, nourriture noble des oublis de la plèbe maritime, Mathias dans la traîtresse baïne des bancs de sable près du phare devant le palace, Aylan, Ghaleb, Zainab et Haider dans la gorge des mines de la Mer Égée sans surface.
Labrador des Acméistes
Ossip, Anna, Hosannopticon des remords
Lesheim estar la fòrça
Vacance de la Semaine Du Bartas
Où sont passés les Pauvres Lombards de Turin ?
Grand Zodiac sur l'océan
dont l'opacité s'évague par les bords
Le Père barre l'embarcation sur les flots d'ivoire
fendus à l'improviste
par un si piètre épéiste
Modernes Huguenots en fuite comme des Passagins
Est cyclone anti-Duras
tout ce qui rend les enfants Métèques Tarentins
L'Échouement sur les redents de roches noires
scarifie le derme sensible et ras
d'une Europe sans écailles que la vision désarme
Cela larmoie partout sur leur sort. De tout temps les hommes de l'espace pélagien rallient à eux les laimargues vers la côte du soir. Tire-larmes des émotions, conscience du divin au dévidoir. Le Dernier Angot a tari tout son jouir. Viborg au point, les liens sucrés du sang braquent sur la colline sacrée leur longue-vue par le petit bout de la pensée fuitive et traquent de leurs globules les labeurs d'anions débinards. Les subutextes aux gélules sublinguales s'avalent roulés dans des cieux en papier d'Arménie. Vernon le marécageux se donne la migraine tout seul comme un acide faible sur le parcours d'une minuscule Troménie. Je lis Sthers, formidable re-compositrice de sensations vécues à la Septante, malignes cantates aux antiques gangrènes, amande d'un agir à la proue d'une coquille pour s'éblouir. C'est fou comme quelquefois tout semble mort mais j'aime la façon dont elle empoigne la grammaire du passé de l'occident aigü et la place dans un angle fort. Fluctîvâga sur le flux des mots sans tomber entre les lames de leurs vergetures et tentacules. Peur enfouie d'une métaphysique de l'Hégire, Apichatpong Weerasethakul guiderait nos os sur le chemin du rendormir dans la splendeur panique de son cimetière. 
Une soif de mortes-aventures
Aigues-vives, glauques aux yeux pers
aidez-nous à jeter nos moi dans la mer
Lire l'Ares circumpolaire de Narbona
ex-voto d'une chapelle au beau milieu de la guerre
Penser à remettre signature
au bas de la lettre du TLS qui depuis toujours nous réabonna
Ouïr émettre depuis la colline aux ours Radovan Ivšić
pris en sandwich entre Pavelić
et les Communistes, un peu comme vous Marguerite des époques brumaires
Rechercher du papier pour éditer ses poèmes
Un bagage instinctuel conséquent assez contre le spécifique
Se retirer sur la Medvednica
comme vous sur la grève de passade, parlement des gens sans-terre,
Roches-Noires, palais de façade au presque orient dorien
Ainsi quelqu'un cherchant à relier tous les siens.


Mathias et Aylan,
frères par le manque
de requin

dimanche 31 août 2014

Un Balcon amphoré. Lata 80 - Gdansk

Marguerite Duras, "L'été 80" -
 Passage de Gdansk
à Trouville.
Sensations polonaises,
défaite du Minotaure
de totalitaire salaison.
C'est la saison du moins fort
qui l'emporte sur la cité des hivers stalinophiles.
Le coeur de l'été a ses fournaises
de déraisons
que le corps y dore


Vestiges de l'outre-tain des éclats d'une glace, vertiges du miroir d'un balcon de l'hôtel des Roches-Noires à l'été 80 trouvé dans une amphore à grains et grenats d'Etrurie au fond de la baie de Seine qu'enlace le sommeil des patelles entre Trouville et l'ancienne Franciscopolis, au jour du solstice des tueries de l'été 14 qui vint.
Courir hier pour Dantzig, agrandir le couloir sanitaire de la plage blanche comme l'hiver, cueillir les fleurs des coquillages à valve étanche aux sels de terre, aujourd'hui, ramasser les calots des ambres enflées à la fumée des yeux morts de Syrie, se pencher sur les coeurs fondus de Libye ramenés dans les filets de l'énorme seine d'un état d'ivresse islamique et jetés, carnage encore battant, les grands soirs d'oracles, sous la terre d'Irak, dernier abri des charniers destinataires.
Regarder, comme des moules aux bouchots de leurs divans, le massacre tranquille des Chrétiens de Mossoul dont les larmes vont rincer les vents. L'oeil chaud, la membrane perfusée solide à la dalle de l'écran, sur le dos de la Crimée et le Don des bassins houillers, écouter miauler les bombes des crânes Sukhoïs partis lécher les villes, s'élancer les missiles à la seule force des joules vers les avions civils, ou que veuille l'oeil simplement s'imaginer voir voler les MiGs.
À l'Antifer de sa chambre face à la mer, elle observe l'homme de fer à la Manche de Gdansk se débattre dans l'antichambre de l'enfer que dorent les fibres de l'amiante moscoutaire, fils de laine frottés d'alacrité statique, qui volent dans l'air livide d'un vieux port de la Baltique invalide comme le pollen des pulmonaires en plastique le faisait depuis toujours dans la serre à stéroïdes du communisme modalitaire. 
Elle se lève, ouvre la fenêtre de l'amphore, les enfants dorment encore, le soleil est au lavis sur la grande levée de sable et d'herbes qui fait rempart lorsque la corniche s'assoupit, elle écoute la source du silence taire l'écho des anciennes quiétudes de tous les havres de l'Angst, dans les couloirs de l'Armor aux corridors jonchés de sépites, colère de lys écrasée, on entend les océans parler à leurs mers des filles et des fils de Gdansk.


         (Tapé le 5 août 2014.)

mardi 24 juin 2014

Marguerite Duras : L'Intervista nera (I)




Marguerite Duras, dehors il fait déjà noir alors qu'il est midi 14 chez vous, pourquoi tout d'abord acceptez-vous de répondre à cette interview ?

  • M.D__Le soir des planètes vagantes est l'heure de chez moi. C'est aussi le moment où passent les comètes blanches dans les roches et les glaces filantes au matin des étoiles. J'avais l'habitude de cette concomitance minuit/midi propre au rythme de la plage de Trouville. Souvent les avant-dunes de Deauville et leur sérac de lumière formaient une rupture de pente dans le soleil et voilaient son axe. Je vous reçois sur les débris coquilliers et les grès de mon nouveau beach-rock. Parce que je crois que je veux redonner la parole au silence, le mien et celui de quelques autres. Avant que le roi des astres ne me pousse au grand roque. Revenir à mon propos. Je ne le fais guère en mon actuel pays lunaire. J'ai eu cent ans aujourd'hui. Et parce que j'aime les dialogues. Ceux qui libèrent des cliquetis du jeu béant qu'on entend dans les articulations du verbe des acteurs de la société ("les absolus zéros de l'infini des oraux"), ces hommes un peu vains qui se voient comme sur une scène, les traits spirituels parfaitement émoussés, l'élocution disjointe, muets à force de détenir les cordons du discours, le corps plâtré, engourdi de sourde emphase. Ils ne flèchent plus rien. Cette nouvelle stature, qu'ils ont longtemps recherchée pour elle-même, ces sagittés du vocal, pomme d'Adam criblée, les fait se raidir sur leur "ergo-gluc !", alors ils "décident." Leur prise de parole disloque, la main de chacun n'est plus que l'adieu de tous transmis à nos membres éparses. Bientôt nous ne nous saluerons plus. J'en ai parfois assez de mourir du théâtre de ma parodie, j'observe qu'on fait parler les morts dans les fora des blogs aux fjords de la pensée la plus bogus, les enfants de ceux qui comprenaient mes livres ne comprendraient pas pourquoi ils me comprennent mal aujourd'hui. C'est en tout cas ce que j'entends autour de moi. Tout s'endort, les petits et la mère, tous repus. Celle qui aimait, au-delà du môle, rejoindre les gens sur le chemin de leur secrète maison du jouir, ne les atteint ni ne les émeut plus. Les volts de l'attraction sont tombés par terre. La perte de courant qu'on décèle, avec force testeurs tombés du ciel, dans les échanges et les rencontres, est mise sur le dos du long tract numérique, ce serpent à calames vaniteux charmant l'oiselle en réseaux, qui dévorerait les écrans, les interfaces et les visages, dans un éternel et délicieux souper d'animelles. Sortir de cette lecture geôle. Je n'appose pas mon nom en japonais au bas de ce "J'ai tout vu. Tout." Internet ne peut pas être cet Hiroshima moral que certains nous serinent qu'il serait. La comparaison a la mauvaise mine de l'obscène. Je voudrais revenir comme un allumeur du temps. Sauver les gens de la peur des commencements. Telle Jeanne d'Albret, je veux "reprendre la signature de mon Concile, baisser "le remuement du bruit" qui trouble les âmes frottées au rythme laid de l'absence de musique. Briser l'enveloppe du tempo électoral qui les statufie comme des emprises à l'écu cimentées sur des piles de ponts en béton dormant. Réapprécier l'or de l'attention qu'ils me prêtèrent, reverser la chaleur du sang qu'ils me donnèrent. Comme la princesse Kaguya, petite pierre d'Alice et monitrice qui n'en finit pas de grandir jusqu'à redevenir gravide de l'enfant, chue dans leur invisible bambouseraie. Avant de repartir à la lune, une dernière ode à la Terre. いのちの記憶.

L'édition de votre oeuvre en Pléiade, commencée il y trois ans, se poursuit à coups vifs de palades pendant l'été 2014 avec deux nouveaux volumes, croyez-vous toujours, si on la rapporte aux enjeux brûlants que vous venez d'évoquer, en son pouvoir dissolutif ?

  • M.D__Sur le fleuve littérature, je regarde passer ma plume. Son encre-flottée. À contre-narratif. Le thème de la perdition m'a toujours plu, la dissolution est aussi un leurre, il faut remettre à flots l'esprit du présent dans le temps des hommes. L'humain, à l'affût de la moindre possibilité, même si cela reste à son honneur, s'est couché dans la pâture de la plus scintillante des futuritions, comme sainte Barbe il s'est jeté dans les fourrés pour échapper à un père menaçant par son absence, mais sans y trouver les épis de blés garants de la récolte d'un bel aujourd'hui. Il enterre le passé comme on offre un sacrifice, je voudrais désenfouir ces hiers en archéologue du beau présent. Démurer les surlendemains. Ce manque de pétrissage de la pâte du réel maintenant, cette dyspnée du souffle dans le présent, agissent comme une lapidation. À l'aube des multivers, inexisteraient-ils fiers de n'avoir jamais eu de jadis et naguère, l'Histoire continue de découvrir son sein pour étancher la soif d'imaginaire des hommes, et si l'on saute le pas de notre voie lactée, qu'on dévisse un jour la sinusoïde des galaxies, la lumière du clair de Terre ne nous faussera pas compagnie de si-tôt. Ne traînons pas notre avenir aux gémonies sidérales, derrière les escaliers. On me tend un voyage en Belle Boucane, cosmonaute d'un noble amas stellaire, cela me rend gaie. À l'heure où je détecte que l'on me suit, me copie, m'élève en modèle, j'aime que soit fondue mon oeuvre originelle dans cette monumentale collection, poussière d'or de la mémoire passionnelle dansant dans l'ossuaire du soleil, telle une rakshasa khmère dont il faut redécouvrir le sourire. C'est la lueur de ma vieille solitude que je voudrais qu'il entrât parmi les pierres des temples lancées dans l'obscurité par les racines étouffantes des figuiers des Banians, et qu'il sortit selon le regard de l'orient, dans les pavés fourmillants des lianes aux anciennes lectures. Pour que la parole s'anime sur des lèvres ouvertes à la puissante saillie des émaux de la vérité.

Nous nous souvenons de votre entretien avec Michel Platini, comme un Loki les yeux dans les yeux de Dumézil, que publia le journal Libération en 1987, suivez-vous aujourd'hui la coupe du monde de football au Brésil ?

  • M.D__Oui, je la suis. Le jeune James de Colombie jette dans la mire du catenaccio un pavé. J'aime Edinson Cavani, un presque néo-Francescoli, né cette année-là, l'élégant attaquant de ce petit pays d'Uruguay, presque l'idéal personnage d'un film de Liliane, in some way. Il s'apprête à jouer ce soir avec son équipe contre l'Italie, une nation chère à mon coeur comme vous le savez. Sirigu contre Cavani, cela a un petit goût d'Alpha rencontrant l'Oméga, le gardien du lieu contre le voleur de feu, c'est très beau comme face-à-face, comme tension. Je me souviens de l'époque où l'Atlantique était italien, où le marin Vespucci jouait mieux à la balle avec le soleil de Gibraltar que l'amer indien Columbus avec l'or d'outre-Hispanie. C'est grâce à Michel que je garde un oeil indigène et frais sur la Terra footbalistica incognita des jeunes joueurs arawaks et la flore de leurs gestes techniques toujours inouïs qu'il dessina pour moi sur une carte. Je guette les Platini d'aujourd'hui jusque très tard dans la nuit. Um novo mundo. O doce silencio.




dimanche 15 juin 2014

L'été 14 vint

À Marguerite Duras 



333__L'été quatorze vint.
(Trente et quatre ans plus tôt,
l'été, parti mille neuf cents,
revint quinte battre
dans la monnaie du temps,
pour renverser quartes augmentées
sans les diminuer.)

Sape d'un passé saumâtre.
Après la pluie vient le beau torse
Du vent qui rafale à 80
La tête d'Antifer et son droit d'ester.
Sèves de Seine sur la valleuse d'Èletot
écorcent l'albâtre de la falaise à flanc.
Cap de Maure, oeil noir, moussent l'oyat et la gorse
Souffles et corps d'un cheval au galop.
Seize fois cinq rougissent dans l'âtre.
Vient l'été quatorze.
Deux mille dix-et-quatre.
L'été vingt-quatorze.
Quatorze fois vingt
Deux cent quatre-vingts
Double quarantaine pour sirènes rugissantes.
Navire-épithélial à quai
Sur la prosodie amère de base 20.
Homère à l'Hôpital des Quinze-vingts
Cellules souches à l'oeil du morse
Dans l'arborescent orage
Et sa tempête de bâtonnets
L'été mille cent huitante.
Vinrent quatorze étais
Border de leur cordage
Le mât du quatorzième été,
Des travailleurs de la mer le borinage.
L'été à l'étrange affect
Regarde à deux fois quarante
son vigésimal aspect
(The sea decor that everybody decked.)
Sorbets aux fruits divins.
L'airelle-myrtille, lymphe teint-vin
des sept blancs étés de l'enfant retors
aux histoires de baies qui ne parlent pas de requin.
(Vous dîtes qu'il pleut,
on lui demande s'il chante,
il se tait, depuis le quinze juin
2014, comme tout
escholier d'Otrante,
il pleure.)