lundi 23 janvier 2017

The Agitated Dragonfly

Quiète mère libellule et ses deux petites demoiselles


A poem should be palpable and mute
As a globed fruit,
Dumb
As old medallions to the thumb,
Silent as the sleeve-worn stone
Of casement ledges where the moss has grown—
A poem should be wordless
As the flight of birds.
A poem should be motionless in time
As the moon climbs,
Leaving, as the moon releases
Twig by twig the night-entangled trees,
Leaving, as the moon behind the winter leaves,
Memory by memory the mind—
A poem should be motionless in time
As the moon climbs.
A poem should be equal to:
Not true
For all the history of grief
An empty doorway and a maple leaf.
For love
The leaning grasses and two lights above the sea -
A poem should not mean
But be. (Ars Poetica - Archibald MacLeish, 
Collected Poems 1917-1952, Houghton Mifflin Harcourt, 1952)


Un poème se devrait preuve palpable et coite sur son erre
Comme le pommé d'une sphère,
Muet
Comme cire de sceaux et médailles au coin du pouce quiet,
Silencieux comme la manche de la roche gélive
Des linteaux et rebords des fenêtres à battants où gît la mousse d'une récidive
Un poème devrait battre des mots
Comme le silence au passage des oiseaux
Un poème doit savoir ne pas broncher dans la marche du temps
Lorsque la lune monte et s'étend,
Se retirant, telle la lune qui libère
rameau par rameau les arbres entretissés des fibres de la nuit à mue de suber,
Se retirant, telle la lune au revers gommé des feuilles de l'hiver,
impression par impression de l'esprit, et de son moment -
Un poème doit savoir ne pas broncher dans la marche du temps
Alors que monte la lune et qu'elle s'étend
Un poème [La Traduction d'un] devrait être égal[e] à l'atout :
Non du réel perforé la carte à trous
À toutes les couleurs du chagrin, à ses griffes
Déserte embrasure qu'érafle la vue sur le jardin de l'érable aux feuilles d'aleph, d'alif.
Par amor
Non ligneuses, vent de Linné, seuil d'herbes et deux lumières au-dessus de la mer -
Un poème ne devrait en aucun cas s'escrimer à vouloir signifier
Mais buter contre son outremer.

À brûle-boîtier, au dépourpoint télémétrique, au hasard de Bad-Weltzlar, pathfinder de la bonne distance, pressons le pas, pas de quartier, courtier des plis des villes et des champs, photosynclinaux, anticlinaux obscurs des ante-focus de naguère, Henri n'a de toute façon absolument ni les moyens de s'acheter d'autres objectifs, cela coûte très cher (more than the ashes of an Ivory Cost, for that scatter), ni l'envie de faire plus de gringue à la vendeuse, il restera à vie l'ami du 50mm, presqu'à l'improviste.
Cette scène inaugurale le tremperait vivant, peu s'en faut ex-abrupto sans qu'une seule goutte de lui ne se figeât, dans le plan séquence carbone d'un tableau peint par Sempé.
Je me dis que je n'éprouve pas, deux pieds enfoncés devant ses expositions, les picotements de sédimentation d'une pose colossale, tout en m'appliquant la jurisprudence de Picasso (et alors, en quoi cela aurait-il de l'importance ?), et n'en dégoûtant pas la part de mon autre Uber-ego.
Walker Evans, le Robert Frank des Américains de 1958, Willy Ronis et même le Kertesz des Parisiens d'octobre 1963, David Bailey, javelaient les yeux, avec monsieur H j'avais quelquefois la sensation de viser des scènes d'amour-meurtre, composées d'instantanés éblouissants et virtuoses, comme la rencontre d'une ouverture de parapluie juste au bon moment du transpercement de la réalité des nuages ordinaires par l'aiguille d'un ciel de hasard, qui dispersait par la même occasion les semis de ses nutriments, stationné au bon endroit à l'aplomb des coulisses du théâtre de l'Euphorie face à la bouche du souffleur absent, homme ou femme tenace qui prit la peine de laisser par écrit ses indications à un hypothétique remplaçant, fantôme ex-héros des Mystères de New-York, ou orang-outan nain de Cooper & Schoedsack, mère courage au landau échappé comme le coq de D.H. Lawrence du Potemkine, ou Doyen de Rouen de Dreyer. Tout s'abouchait dans une sorte de célébration de l'antipodal souriant devant la glace à son parochial synonyme trouvé miraculeusement sur place.
Tout semblait comploter dans le grand dehors (d'une moins monstrueuse manière que Doisneau, peut-être) pour que les traits habituels de l'art poétique de Cartier-Bresson retraçassent la trame exacte du graphe de sa cible, pas même jeu de miroir, mais exercice de mimicry parfaitement conséquente. H-C-B Kyùdôjin de lui-même, devin de son propre Kai, son harmonie. Practical spoke in the big wheel of laughter.
One Arch-Bild, self-made photocalque, suprême de cadrage sur son lit de blanc petit whey. Non pas que cela fût mieux devant l'auvent du petit panoptique de murmure jaune de Delft, là où la parole de l'œil de Bergotte s'éteignit pour une question de deux ou trois secondes de retard sur l'obturateur de son agenda du jour. Pour une once de drap du précieux Li de Chine.
Il lui faut prendre le train.
Lui qui se retourne sur le passé et voit les ravages de la guerre flasque que Polly mena avec ses amants.
Harry, de gare lasse, regarde le petit film vidéo de Henri qui avance comme un train, (tu comprends ?)
Comme le font les trains dans la nuit française (dira Djuna Barnes) en plein jouir.
Ou comme le fit celui du Leica Freedom que prirent en marche les employés de Mister Leitz.
Trains fuyant les teigneux, trains romanesques, sur des essieux fondus par la maison Schneidre ou par les bombardiers d'eau de l'architecte du pont de Brooklyn.
C'est vrai, c'est idiot, une seule modeste Caresse vous manque et tout du réel est à palper à nouveau, muet, interdit, comme dans le poème d'Archibald de La Croix.
Out of square. Pacte de suicide avec la libido, Harry rencontre l'hallali dans un hôtel de Paris, Polly, Mary Déesse Crosby, ambulance-blues du veuf de la vie, Hemingway, l'immense E.E. Cummings, du Bourget au sauve-qui-peut-l'ennui, Holy Henri, du Lido à Ermenonville, passe du pas de l'oie à l'amour l'après minuit dans le bois des lemmings de Loisy.
Moulin du Soleil Noir, dans les souterrains duquel Joyce fabrique sa presse clandestine avec le meilleur Kromekote du coin, meilleur que le chiffon résilient que l'on retraite sous la Martello Tower de la maison Gallimard pour appâter les Garamond impubères destinés à la Blanche.
Le vent de la zone photique dans la vergue allant, 1947 (superbe portrait de Truman Capote - auteur de la libellule inquiète -, une origine, un intemporel poinçon sur le qui-vive) et 1948, avec son voyage en Inde, sont pour moi (et depuis longtemps) les sommets de son œuvre.
Un peu plus loin, ses cadres volées à l'intimité des Miko des temples Shinto de Kyoto sont extraordinaires (il n'avait pas besoin de zoom, avec son 50 il faisait un pas en avant, un autre en arrière lorsqu'il le fallait, malgré les dizaines de réglages à moucher au débotté).
Je ne me moque plus de sa fameuse jambe levée à 90° sous le genou, comme procèdent les actrices américaines qui se laissent embrasser, lorsqu'il capturait l'improbable captation, avec leur iPad ou leur portable, les gens de la Most Generation d'Instagram font de même à l'instant de shooter un monument romain ou de la Renaissance Atgetienne dans les rues de Senlis, pour s'équilibrer la dominante à l'amble du hasard, sans doute.
Les orthodoxes du Leica, ses cultistes du IIIf, les Leica men d'aujourd'hui s'hybrident, small est toujours bountiful pour elles et pour eux, (certain des membres de ce club continueront d'acheter l'appareil pour lui-même, comme un meuble), malgré l'athsme du temps, les Barnak et les Berek sont toujours là. Braves, œil dans la camera lucciola, ils compensent le travail des regards morts par la réinjection d'humeur aqueuse, comme les gros avions américains à l'atterrissage sur le tarmac avec leur queue, aux angles de déport.