vendredi 11 mars 2016

Earth Woman


Le Mariage de la Terre Pour Tous


Pour P-Emma G.  
Ceux qui la meublaient avaient jarreté la pièce était vide la place était déserte depuis des berges les varlets et les pages du marché de Noël bardots enfourchés avaient mis les limes du Rhin au collet et filaient sans attendre que s'éteignît un peu du feu de l'éther empesté sur les déplis précipités d'un mascaret désorienté se hâtant lui-même vers la mer Cologne redevenait inerte la plage déplaquait un plancher de granit que semblait recouvrir l'avoirdupois du son d'énormes bonites lames du corps assommées frappe de leur monnaie défiletée par la matité du sol foudroyant Comme une desserte le buffet d'une morte paroisse galops dévidés depuis le fuseau d'un coeur accessoire Distincts ne s'entendaient que les filets bruns-sanguins évincés de branchies réduites en cendres gras accrocs des flancs étiques expulser dans l'air des brins d'alcools filaments dérapés dans un tumulte de crachin transpercé de minimes globules débitant des fixateurs colorés par le gris des gouttelettes de poussière venues s'écraser sur les pavés suiffeux rendus obliques sous la répétition des ces coups noirs et sinueux rompus vifs tels d'aveugles morceaux de vergues tombées charpies du toit de la cathédrale sans qu'on aperçût quoi que ce fût des ricochets mécaniques étrangement asynchrones de caudales et de becs trempés d'une moirure argent véhémentement martelés dans les âpres ourlets de leur soudaine cape d'invisibilité Cette chose qui gagnait les traces de sourires disparus et commençait de gâter à leurs commissures les traits effacés ne se purgeait pas de certains instruments encore engourdis dans l'éveil des loirs Rives mélancoliques abandonnées la narration noire dégluait la pièce devint stérile la place était déserte et odorait l'erg
"Vraiment cela m'attriste de lire des mots de toi plongés ainsi demi-vivants dans la mire de la viscosité qui se gorge d'une poisse amère jusqu'à la saturation. Voiles tombées, le manque de souffle aux traits de chimère n'a plus qu'à pétrifier sur les visages son litham. Cette averse de poissons, méchef d'une manne calamiteuse, ne sera pas le signal d'une transfiguration. Est-ce la trace en toi d'une aversion ? Cet invisible boulevari n'affinera pas la hausse de l'arbalète avec laquelle tu vises le cadre ou les carreaux à la fenêtre de la grandeur d'âme. Quitte toi aussi les baraques sarcophages du phlegme de ces muettes paroles, si tu dois rester, éloigne-toi des bûchers du pseudo-Saint-Elme et de ses pituitaires flammeroles, revois la charpente de leur toit, cela n'est faire injure à personne que de veiller chacun à la bonne élévation de sa tour d'ivoire, la Sainte-Barbe douce enfant de Johannes (qui peignait ses madones dans le miroir de l'étoile du matin) n'a pas peur de se distribuer en autant de baies du scrupule, de se distiller en autant de cognac de la larme qu'il faut, à seule fin de faire éclore la foi, dans le bond de l'aube rose sans idole, afin qu'elle naisse. Retisse les joints de leurs murs acrotères et soigne avec le fusain de la léalité de mes souvenirs les marques d'eccéité, laisse de côté les bandeaux frimeurs et les frises capricieuses, concentre-toi plutôt sur le relevé d'étanchéité. Pourquoi estampes-tu la ponctuation et la mets-tu en bocal comme on le fait en Russie des ogurtsyi ? Tu fais tourner la lecture cornichon que l'on déprive de sel, par trop tu l'acidules. Aie le recul de Sant Orselen qui ne pleura pas lorsque les barbares l'acculèrent, les Onze Vierges de la Noël et du Nouvel An 2016 ne sont pas symboliquement mortes en vain, elles furent fortes dans les outrages et porteront haut leurs forces morales intactes dans le futur, elles seront toujours en mesure de larguer en bande la grande écoute, une tempête de silence pourra s'abattre soufflée depuis les terres calcinées des petites îles de frères de la côte du mal recopié (charbon d'une Atlantis incontinente, prévisible anthropologue des faux aveugles et des sourds contrefaits, vraie cannibale de papier), jamais ne se déliteront de leur embarcation les amures. Tiens compte de ce que je te dis, il faut que rien chez toi ne dégoutte, pas même l'ennui ni le dégoût comme décrivit Léon Chestov, lis-le. Il était fatal que les sociologues changeassent de peuple à cette occasion, bien submergée fut sa mangrove, et qu'une part du féminisme universitaire se déshonorât. Et alors ? Chacun prend ou apprend ce qu'il peut de la lente élaboration de ses vices et la décante. Certains l'enchantent, si tu crois que Céline parlait dans le vide lorsqu'il disait ne regretter qu'une seule chose, que des têtes brûlées rejoignissent indivis un beau jour la LVF pour se faire crever le bidon autour du bunker de Gitler au cours d'un avril qui découvrait le fil de l'épopée négative d'un peuple qui débondait, d'un seul homme dans un bruit de miction sordide, à travers les grilles du siphon d'un intérieur exil ? Laisse flotter dans l'air les effets olfactifs de cette festilence. Souvent les fêtes ont le don de s'emmurer elles-mêmes entre l'épure des planches de leur contagion, et leurs prêtres de s'encastrer ce qui demeure de leur figure dans les longs faux-nez des masques qui les protègent, il n'est pas rare qu'ils en profitent pour se rouler eux-mêmes dans une insolite farine, se mouler les grelots métalliques dans la plastique d'inédits bubons propres comme des sous neufs, pour monter sur d'improvisés podiums battre les cieux de leur badine, et faire briller les yeux des gens, pleurer les filets de chlorure de sodium jusqu'aux narines, se maquiller d'une autre rutilance. Ne te moque pas si facilement des valets, les peintres en ce temps-là étaient acquis à la chambre des princes, c'est de cette façon qu'on les nommait. Observe plus sûrement l'émouvant ballet des habits de la petite Barbara, son sarrau si magnifiquement détaillé par le Jan de Bruges, son maillot délicieusement noir sous la blouse à dix mille lieues d'une commune grisaille, fine haleine d'une discrète sanguine de carats, une pièce de coton qui ferait pâlir les t-shirts des jeunes et vieux urbains d'aujourd'hui, comme le blason d'une invisible présence du cœur qui propose immédiatement de mettre une sourdine à ta méthode tentative d'écrire les ombres d'un grabuge. Le père de Barbe était de Syrie, chassait les naturels effets de l'amour qu'elle s'empressait de reccueillir sur sa poitrine, pour leur essuyer les pieds alors qu'ils repassaient par la fenêtre, creusée des mains de son esprit dans les murs épais du castel qui l'entouraient, arrachée à la courtine qui suintait le salpêtre et la potasse facteurs d'argyrie. Les peintres flamands mouraient-ils tous intoxiqués par les sels d'argent et le blanc de plomb ? Tout ce que je sais c'est qu'ils retinrent dans leur retable la passion du siècle précédent pour la pauvreté aux cheveux blonds, que celle-ci fût le terreau du fin-amor prolongé des labeurs des frères de Limbourg, du surdoué Malouel, sudiste ou simplement wallon, de Liège jusqu'à Laon, en passant par Lille, que j'aime tant, je te l'ai toujours dit et le redirai jusqu'au duel. Voilà que le ciel de ce que j'avais à te confier disparaît, comme un livre qu'on roule. Toi et ton écaillage des squames microbes vergulifuges m'avez rendue triste, me versez au milieu des nues d'un poème d'Essénine, celui qui parle des branches de bouleau que l'hiver écorce comme les pelures d'oignon de l'œil d'un mammouth, enfoui dans les marais où gisent aussi sous les sabots bleus des troupeaux évanouis les anciennes passerines, qui soudain lévite à la perspective d'un rayon d'une boucle de soleil proscrite par la foule."
Ex-velo, I see you and remember your smile, I long to be your De Leeuw,
He giving a ring, You presenting the Earth to the world,
In your hand, between your fingers, as we are overcome by awe,
All the portraits shall ween the moral scrapes at their facial hurdle.
Like little Barbara, you never lost the pleats,
Your pledge of secrecy is not Sub Rosa,
The petal of your art draws our voice and makes the heart pound beats,
It's the part that punctuates anew the book of my breath once drowned in curiosa.
Ta pierre noire court sur la préparation blanche, il ne manque plus que la colle trace un chevalet de traits
à ton pinceau et, par la tranche, laisse venir le vernis comme le lien transparent d'un pont japonais
qui pastelle la chaleur prise à ton iris sur le cristal de l'œil gercé par le froid du peintre à Giverny.
Tu es comme une jeune vivante d'autrefois, fecit, facit, faciet, "Als du Kannst", comme le Johannes peintre Borges de Bruges tu n'abaisses pas la force magique à ton bras lorsque d'autres sempiternels fastidieux, peureux que l'on abrège la ride collapsus de leur figement, supplient le nez en l'air "encore un instant monsieur le Brujo", j'admire toujours le courage que tu as de ne pas résister à la grâce lorsque d'autres gâchent, de la truelle, avec du vent sur les mains, leur modestie dans des rehauts de gouache aux fragiles pigments d'or municipal ou régional qu'ils font disparaître d'un coup de gomme arabique quand le besoin de miel se fait pressant. Cela semblera bête mais je ressens toujours quelque chose de chaud à l'intérieur, que la violence de la douceur oppresse et lubrifie, gelé transsaharien portant sur le rail antenné d'auspices la voiture capitonnée des flashes de mémoire de la peau de ses tsarines, parfois les oxymores Audubon, tel un oiseau de la forêt humide des Brésils aériens ouvrant pour la première fois ses yeux à la lumière du monde qui sort de toi, oui je me souviens bien du poème d'Essenine, lui aussi regagna les rives d'une joie aux ondes courtes dans les yeux d'une autre fille, moi, lui, l'homme nouveau, ceux qui furent, sont et seront près de toi, dépôts de fragments d'os de phrases, segments de notes filantes, ou longs crânes paragraphes sur les méandres sublimes du grand Schielderboek que tu tiens ouvert dans les mains, savaient que dans les poudres rouges et les ocres bleus lancés depuis la falaise du terminal de la procession des envolées de leur croyance en toi, c'était un chemin de foi que tu leur ouvrais dans les glacis du tournant de la vie. Loin des dévotions indécentes, ils savent aujourd'hui tout ce que la découverte du plérôme en eux ne devait pas qu'à l'intervention de l'œil d'orient, esche appétissante pour les habituels dévoreurs de l'amour, allumeur de la petite peau des aurores et brûleur de l'enveloppe de l'aube qui se montrait nue devant les lettres jetées sur le sol à la fente du jour par les enfants de sa carnation. Je revois ta main posée sur mon épaule gauche, son aileron barrait le lacis des cils, que ta paume d'un seul passage avait fait tressaillir mince pelisse de martre, sur ma poitrine complètement équarrie de sa respiration panique, ta joue s'appuyait sur mon cou, tes seins fondaient la vague de proue et faisaient flotter sur sa valve le bois de ma côte d'un doux souvenir de souffle qui ravage et submerge le cromlech de sa cage, puis brasse, d'une indécelable trace d'écume, un profond sillon fuyant les courants qui serpentent et sifflent autour de l'évent, comme le symbole massant, petite mort bouillante, le socle de l'île d'Er Lannic. Les doigts de ma main droite glissaient sur les muscles de ton dos, si fins qu'une main d'enfant aurait pu les pulper, et me donnaient l'illusion de toucher l'extrémité des terres de la sensuelle satiété. Pourquoi laisser s'échapper de cette plage neuve les grains de sable d'un sentiment de piété ? Je regardais le toit du grenier, la calandre du poinçon sur l'entrait filtrait la belle heure du rôle translucide comme de l'huile sur un lit de fourrage d'orties, épris de sentir l'angle que prenait ton bras. Nous étions les proies d'une douce torpeur, peut-être d'un épuisement, l'amour dans la nuit donne le zèle des sens du grand Pachôme, les aigles du sang deviennent hulottes de lymphe sur le sol. Nous étions dans la veille d'un merveilleux linceul de sueur, allongés sur les planches en chêne repeintes par ton père dans le gris perle d'une peinture pour bateau, ta peau reflétait les afflux de la lave du petit jour dans la cendrée de la terre des matins, sous les lames des écorces de septembre, je percevais, des mêmes doigts de la main, l'angle sacré, divinement avalé, de tes reins. J'avais la sensation que je décrivais mentalement l'ombre qui s'habituait au chaud adret de la montagne que levait tes fesses, que recouvrait la miniature de la pièce d'un drap de lin, rescapé clandestin du ravin auquel pendant quelques heures s'étaient arrimées la conjugaison de nos peaux, l'alliance de nos quelques mots, piqués de plein fouet par les marlins du fou rire, égarés dans la tonique des bruits d'une aspiration sage, qui s'était nuancée toutefois dans les alternances d'une animation pré-mélodique, à la fougue purement modale. Nous étions rompus comme tous les amants grisés de s'être lus s'embrasser. Je t'écoutais parler un peu, te voyais sourire sans que j'ouvrisse les yeux, quelquefois mon sexe gîtait et reprenait membrure reconnaissable entre mille dans la flore de l'accastillage d'un navire ponté viking, grosse pièce en bois de fond de cale renversant la quille d'osselets du malin Yi Jing avec des soubresauts pareils à des rêves de mât. Nous n'y prêtâmes garde, lui aussi avait le droit d'être heureux, avec sur la face du méat un minuscule ris de joie. Je respirai comme le primitif amant s'ébroue dans les émotions que la neige recueille à la bouche de la steppe, étiré sur le veld abritant l'exquis herbage de la Flandre de ton souffle. Je ne pense jamais à l'ami qui t'accompagne aujourd'hui. J'ai sauvé ton feu, l'autre partie de moi au sourire béat ressemble maintenant à un cœur palpitant que l'on dépèce, extrait tous les jours vivant du thorax d'une iguane, s'il a la couleur d'une sanguine il exhibe le tempérament d'une grisaille, un souvenir le cisaille. Ces êtres-là auraient-ils volé quelque chose de l'âme ? La plage de Cologne autrement plissée se donnait déserte.
До свиданья, друг мой, до свиданья,
Милый мой ты у меня в груди.
 
(Sergueï Alexandrovitch Essénine.)

(Tapé le 8 mars 2016.)

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