samedi 9 août 2014

Le détective Di Renjié et le Dragon Mangeur d'eaux vérofictives

337__Le film de Tsui Hark embarque et pulse les dimensions comme le fit le cargo de Noah's Ark, par couplets entiers, avec le chant de l'amante ou de l'amant, dans une néo-réunion du tempo des trois Parques. Nous sommes tous des détectives Dee allumant, au rythme ternaire, nos briquets pour percer le noir ambiant d'une enquête effilée comme la Coupée de l'île de Sark. Tout devient triplet, tout fait trois dans ses magnifiques images, chiffre parfait, symbole de vie de la Chine des mages, premier des cinq nombres de Fermat le polymathe : le peigne trident, l'unitaire trimùrti de lieux sous les nuages, (la Maison de thé - Le Da Lisi - Le Pavillon des hirondelles-aux-longues-nattes), le médecin, l'enquêteur, le militaire, aux ordres d'une impératrice névropathe, forment alliance qu'aucune tempête ne démâte, la tridimensionnalité n'effrite pas en biseaux le Raj des T'ang dans les éclairs de l'orage. 
San ! C'est la règle de trois du crieur public et bellman à Hong Kong Park. Yi, er, san, la vérité sort de la bouche du trois, l'unique enfant-roi du Snark de la société chinoise contemporaine que dessinèrent ses énarques. Un puissant dragon décape par la queue la surface émeraude des mers fermées à l'océan, les gens du Palais remplis d'effroi prennent la mesure d'un enfer digne de l'ami de Pétrarque, et pâtissent que la flotte impériale perde ainsi la face dans le remous de gibelotte des proues brisées de ses galères-sampans, ils exigent une réponse tangible, que leur royaume ne soit pas fongible dans la guerre d'usure que mène l'argent des temps changeants.
Dee, Yuchi et Shatuo, freinent alors le kaki que leur a lancé par défi, en plein visage à la vitesse du quark, un mystérieux maki dondo, sage singe savant ancien pêcheur expert en une magie noire des plus visqueuses, crasses et sauvages, qui ne s'avoue vaincu que lorsque ses venimeux poisons d'oligarque, dotant l'intestin de ses destinataires d'un mauvais chyle, les rendant verts comme des iguanes aux désastreux littéraires penchants (les hommes, avec ou sans apprêts, aux branchies velues, soumis à cette viralité qui de poèmes les avine, désirent réécrire, comme des Eschyle, les visions de Yin, la courtisane au corps ténu comme l'écorce des cyprès, aux faux airs de Jeanne d'Arc), sont déjoués par l'absorption d'une potion ludique aux parfums stercoraires, fins outrages et vertus d'une boisson que réservent les délicates mictions des eunuques à tous les gens patraques, sang, chyle et lymphe filtrés, c'est la victoire des trois fluides majeurs sur les triades d'un criminel forcément binaire, un triomphe dont le medium liquide, la santé recouvrée, ne comportait que le message.
(suite dimanche, où j'espère pouvoir m'amuser à essayer de montrer que Tsui Hark parle peut-être du grand problème hydrique que connait la Chine continentale en 2014, que son dragon est en fait un surjet du Godzilla japonais, qu'il traite beaucoup plus de la pollution des rivières, sinon pour quelques unes d'entre elles, de leur pure et simple disparition, que de l'affaire des Senkaku, ainsi que d'une autre chose qui me tient autant à coeur, malheureusement je n'ai guère le temps devant moi, cet article finira, je n'en suis que trop sûr, comme le Huang He certains étés, n'ayant plus la force de traîner son cours, et d'atteindre la mer à son delta.)
Puis-je seulement y revenir un jour prochain.