lundi 16 février 2015

L'Ètat d'Ivresse

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Ali : "... 
Mehmet :__ Quand tu dis ça, les chiens ne font pas des chats, etc., les mecs auront toute latitude pour te lancer un retentissant 'Ah, vous essentialisez toujours tout ..!' dans les dents, tu risques de te retrouver un peu le bec dans l'eau, avoue..., que tu déphases à plein tube en comparant le panislamisme du proto-califat à un cancer, comme un couteau hors de sa gaine en galuchat, caché à l'ombre de son fourreau ? 
Ali :__ Non, je pense que j'observe un phénomène physique, ce n'est pas de ma faute si les contours de l'Ètat Islamique ressemblent à une tache de café, à un point noir échauffé par l'acné, au maculage d'une goutte d'encre qui avance et recule au gré de la plume d'un vent de sable qui aurait volé tous les grains de sa mélancolie, vidée de sa substance, à la griffe de Victor Hugo. Ce fantôme de califat ne montre jamais le pied sur lequel danse son mime de suif soufflé depuis le suet d'une respiration manquante, on passe de l'état de stase à la brise d'une théorie vaguement situationniste et au sirocco d'une pratique du saltationnisme macromutant, d'un seul coup de lime mordant de ses nordets un adret à l'aile pendante. L'effet de troupe des fonctionnaires du doute invisible relève la poussière des chemins et déroutes lorsque ceux-ci rejoignent, comme le soleil à la loupe, les tentes à leurs quartiers.Ce sont commis que bande envoute. Avant que le train de onze heures n'entre en gare, la tempête saute en marche du verre d'eau posé sur le bureau, se projette et s'ébroue au ballast des aires vidéo du bourreau. 
Mehmet :__ Au moins tu leur accordes qu'il font passer de vie à trépas tous les fardeaux intermédiés, et qu'ils découpent le gras de la bureaucratie à la feuille de charcutier. 
Ali :__ Non, précisément pas trop. Là, au moment où je parle avec toi, les émirs ont l'air de casser les crans et les dents des engrenages académiques du monde boutiquier, mais dans les faits, comme tous les chefs de mafias emportés dans leur élan, ils se contentent de remplacer la paperasserie du red tape par l'oeil transcendant les multizones de Moscou. L'aimable correspondant, dont on emprisonne la chair de l'esprit, se glisse dans la peau du papier, c'est un business plan contraire à celui d'Amazon. Comme pour les Chrétiens d'Orient, on prend juste soin de leur lier les mains afin qu'ils n'impriment aucune mémoire et de les couper des Saints. 
Mehmet :__ Tu veux dire quoi ? Je n'aime pas quand tu ricanes... 
Ali :__ Oh rien, juste que le snowpiercer-Pied-Piper un peu chien fou, beaucoup train saoul, de l'EI, me fit rêver hier à la bête humaine rouge sang que conduisait le général mécano Trotski, lors de la chasse aux lapins blancs dans la toundra conquise par Koltchak et Miller, comme à l'occasion de la dékoulakisation des campagnes, ou de la bolchévisation de l'oblast d'Astrakhan. Les socialistes français, ruminant leur dépit de n'avoir pas su lire le réel, orignaux la tête penchée sur d'appétissantes mousses, le nez plâtré dans la boue durcie du fesh-fesh, ont beau jeu de reprendre l'expression d'islamofacisme, mise à l'honneur par les néo-conservateurs américains aux longs temps égaux, ils oublient que le dumping économique n'était pas qu'une spécialité de l'autarchia mussolinienne qui, à l'image de l'ours russe, s'il n'exportait pas sa révolution, faisait des affaires en douce, diluant les idéologiques attaches, Staline de son côté vendait le blé volé aux Ukrainiens, le fer sibérien, et les fétiches propitiatoires de bonne pêche des Nénètses, sur les places boursières du monde libre, sans aucune autre forme de procès, en contrepartie de volumineuses valises de cash. On pourrait tout aussi bien parler d'islamobolchévisme si l'on ne soulevait lièvre qui fâche. D'un socialisme de prédation, d'un communisme de stockage et de caches. Avant chaque stance de pénurie organisée, il serait bon de supposer qu'il existât souvent, dans ce genre de régime, un épisode préparatoire d'abondance ponctuelle et concertée, destinée à nantir les gens soumis d'une petite flamme intérieure (appelons-là jihad, pour faire frémir de plaisir les progressistes qui disent connaître Henry Corbin sans l'avoir lu à fond) calibrée par des artificiers habiles au maniement d'un "spiritualisme pour tous", une sorte de mariage avec le Dieu de l'unique Sunnisme qui rend bestial plus que grégaire celui qui souffre consentir à ce suivisme mesquin d'ailleurs immédiatement tempéré par l'agrandissement malin, (toujours d'ordre métaphysique tant son expression plonge chacun dans le vortex colossal du désespoir sidérant), d'un très noir, consumant le centre de la conscience, et gigantesque trou. Patience de Bélial au bord du gouffre. Ils bradent l'Isra et le Miraj de notre Mihemed qu'ils ont transformé en voyage des platitudes. Sur le char d'un Bouraq de fortune, ils prétendent violer le septième ciel de leur masque à pointe en défiant la transparence de dix mille drones animés de fiel américain, les deux pieds rivés raides dans le plomb en fusion de leurs certitudes. Ennoyage au bout de la mine de la nuit. 
Mehmet :__ C'est vrai qu'ils sont experts en vente à perte du pétrole d'Irak et du blé de la vallée de Ninive. Qu'ils savent mettre un maximum d'huile de foule dans les rouages. On a l'impression d'un immobilisme sur roues. D'un enraillement que les voies du mal avivent.  Tout sent le roussis des mirages qui brûlent sous l'orage mais justement, on dirait qu'ils creusent, au fur et à mesure de leur progression, d'invisibles canaux rendant leur tache métastasée plastiquement emmêlée dans les tentacules d'un océan-Alphée des deux rives. Comme la trompe gorgeant d'un étrange principe nourricier les corps caverneux d'un isthme, un organisme géographique total, un corps végétal pierreux fouettant de ses lierres acculés l'espace vital forcé de diviser par dizaines ses blaches otages. Quelque chose d'informe, une sorte de Blob toujours dissous, toujours recommencé, façonnant les âmes et les mentalités par le dessous. 
Ali :__ La trompe ou la trombe...mais toujours dans de souples mouvements de pieuvres. L'éléphant Daesh tronque énormément, en tout cas de l'humain, toutes les résines. Tu remarqueras que ses maîtres voudraient bien singer en secret les réussites de notre état kurde en gésine. L'Occident commet une une faute historique en niant notre droit à l'indépendance et sa mise en oeuvre. Il faudrait multiplier les Israël sur nos territoires, les rendre propices aux progrès scientifiques et éthiques, tirer un trait définitif sur l'apartheid du genre, faire respirer à l'air libre les plus beaux des plus grands principes féminins, manifester l'entente entre les trois religions du Livre. De jure, de facto, le Kurdistan en est un, comme une rose sur un tas de fumier, perfusée par les rumes ensanglantés des ruines. 
Mehmet :__ Ouais, on dirait que notre Dhikr les écoeure. De mon point de vue, et sans échanger la pacotille d'un Philippe Muray du Bazar pour la verroterie d'un sniper clamant qu'il a le coeur de la géopolitique du futur dans le viseur, je dirais que les participants à Daesh rejouent un pont plus loin la Longue Marche du gros poisson Mao. Souvenirs que leur mémoire reptilienne pille dans un certain confort. Qu'ils développent une très ancienne manière d'être au monde révolutionnaire qui jusqu'ici dort, qu'ils... 
Ali :__ Je te vois venir avec tes "Maométans" et leur maoïsme de revenants... 
Mehmet : __ Bah, tu viens de trahir ton inconscient, toi aussi tu avais l'idée sur le bout de la langue. Je pensais plutôt à des Mao-remettants. Comme lorsqu'au petit matin un joueur de cartes queusé recrache au pot en signant une reconnaissance de dette avec le sang noir des plus pauvres de sa tribu qu'il fera plus tard porter à la guerre. 
Ali :__ Moi, je pencherais plutôt vers une sorte de Timothy Learysme tranquillement halluciné, une pose beatnick de riches, si tu préfères. En coupant la tête à tout bout de champ à qui leur déplaît, comme la Reine des Coeurs de Carroll, ils paraissent faire payer, autant de fois que possiblement nécessaire, aux jeux de rôles des anciennes puissances coloniales, ainsi qu'à l'Amérique d'aujourd'hui, le traité Sykes-Picot qui les gratouille comme une chtouille inapaisable, les desquame, les décolle, et les écorche tel le pétale rouillé d'une lame de fer. Ils se délectent d'offrir urbi et orbi leurs overdoses larvées ourdies et bordées à l'ombre des bad trips d'un gonzo-djihadisme en colère. Les têtes tranchées roulant dans la sciure du sable boucher seraient l'équivalent paradoxal et symbolique du viol anal chamboule-tout subi par le lieutenant-colonel Lawrence dans un poste de garde turc, les yeux bleus grands fermés fixant le sol du régal d'un imaginaire toucher. Tous savent que ce n'était que pure invention du grand admirateur des Arabes, ils reproduisent pour de vrai cette scène primitive qu'ils espèrent (et réussissent) traumatique en diable pour les traitres, les kafirs d'Occident, et leurs frères chrétiens ex-Mozarabes... Encore un saut qualitatif de leur part, (mais aussi la marque d'un semblant de faitardise) ils reviennent au stade mental par un déplacement inavouable de la chose rectale. 
Mehmet :__ Ouhlah, dois-je te suivre ici..? J'ai le sentiment que ta démonstration file comme une motcyclette à la rencontre de deux cyclotouristes tourdumondistes perdus dans le désert de la vantardise des feydayin de Libye. 
Ali :__ J'ai de bons freins, je vois venir les accidents désoxydants de loin. Ne t'inquiète pas et trinquons, Mehmet, à la beauté des femmes et des enfants, du lac de Van à la ville d'Alep. Muhammad Hakim n'a pas encore interdit l'arak, nom d'un keleb. Ne soyons pas par les assassins accablés. Pas même un chien ne remuera la gangue de leur terre dévoyée. Un grand abraço aux Juifs, aux Assyro-Chaldéens, aux Turkmènes, aux Arméniens, aux Arabes, tchin à la nouvelle Akkadie. Vade retro, sunt mala quae libas, Apage, noire géotie des Aleister Crowley statiques aux ports de l'angoisse ensablée. Réticulez les polymères de votre haine hors de la plaine de Guernesey, libérez l'Ancresse de l'appétit d'ogre de votre presse. Rebouchez votre rôt à vos béants gosiers. Rendons potables à nouveau les puits et les sources de la Mésopotamie souterraine aux eaux vives irriguant nos oublis. 
Mehmet :__ C'est toute une écologie humaine qui disparaît dans les sables, le Sinaï prend le même chemin, même damage, écrasements des tiers, mêmes dommages, même sablage au Kärcher, manne de cendres, le grand ver islamiste dévore les Duncan Idaho à l'espèce endangée après avoir fait semblant de les vendre. Dans le silence marmoréen de l'Europe de la vieillesse et le bavard naufrage des présidents américains. Tchin.