mercredi 19 février 2014

L'Urbs de papier (ou Un embouteillage à Rome)

À Renato M.

296__Elle n'aime lire les romans en Pléiade qu'à bord de sa Fiat 
Topolino jaune-orangeade au feu vert, attendant qu'il 
passe à l'ambre pour les déguster tout à loisir alors qu'il 
est devenu rouge (et que plus rien ne bouge
au fond de la gorge des reliures à cambre de velours
que les oto-rhino-laryngos-fantômes du Palazzo Cavour
anesthésient à la gouge, 
faisant sourdre a galla l'or perdu des Gallimard
dans la pleine peau fendue d'un cuir rhodoïd bouilli par les Gialli et les polars)
comme le membre d'un corps que la chaleur d'un Bouriate
aura salement pressé trop fort dans la loi d'un désir inhumain 
poussé par l'envie d'aller au bout de sa faim.
Elle les lit l'espace d'un majuscule pot-au-noir où le temps 
s'arrête et meurt doucement dans la lueur et l'incandescent
d'une petite flambe sans histoire, et aucune autre espèce 
de véhicule. 
Eh oui, c'est qu'elle est l'une de celles dont les yeux courent 
lentement sur le papier et aiment goûter la texture d'hier, 
il faut savoir leur ménager des plages de lecture sans embêter 
son prochain, en voiture. Quand le feu se pâme de vert, "eh bien 
je recommence" chante-t-elle, comme après l'amour
dans une clairière assolée par le bitume, 
ainsi que disent et font les Italiens
aux plumes trempées du sérum de lettura semé sur le chemin,
dont l'un des signets sépare les pages sur la voie de droite
sans mener Rome à sa perte
dans une lumière moite que les calques des sémaphores
impriment en photo-romance et développent a ruote scoperte.